Et si l’humour était l’arme la plus sérieuse de la RSE ? On a posé la question à Adèle Barbers
L’humoriste Adèle Barbers pointe avec finesse les contradictions de la RSE en proie à une profonde remise en question de ses méthodes et de ses récits. Rencontre.
« J’ai écouté ce que vous racontiez : transformer le modèle économique de l’entreprise, cesser d’extraire, vous avez même utilisé le mot « décroissance » … Si, je l’ai entendu chuchoté dans les couloirs… Wow, on est à Sainte-Soline là où quoi ? Sainte-Soline en sac Vuitton certes, mais Sainte-Soline quand même ! » C’est par ce « roast » (le fait de chambrer gentiment ses hôtes) qu’ Adèle Barbers a conclu la cérémonie des vœux du Collège des directeurs du développement durable en ce début d’année 2026 où la profession est particulièrement chahuté (lire notre article : Backlash, coupes budgétaires, désillusions : pourquoi la RSE joue sa survie en 2026).
C’est sans doute en partie grâce à son passé en politique qu’elle fait mouche aussi finement. Un stage au Sénat effectué pendant ses études de droit européen à Dijon lui donne l’occasion de mettre un pied dans ce monde.
Elle sera assistante parlementaire, travaillera au ministère des Relations avec le Parlement avant de rejoindre Alain Juppé en 2010, d’abord à la Défense puis aux Affaires étrangères. La victoire de François Hollande à la présidentielle de 2012 sonne la fin de l’aventure.
Adélaïde Barbier, de son vrai nom, s’envole pour Los Angeles où elle sera attachée culturelle pendant cinq ans. « C’est là que je me suis mise au stand-up. » Si elle reconnaît avoir toujours utilisé l’humour comme mode d’expression, et savoir se montrer convaincante en petit comité, c’est néanmoins pour apprivoiser la prise de parole en public, qui la terrifie, qu’elle prend des cours. « Le stand-up, c’était plus simple que l’impro et moins chronophage que le théâtre. »
Écologie et féminisme, des sujets aussi politiques qu’économiques
Mais ce n’est qu’après l’année sabbatique qu’elle s’octroie à l’issue de l’expérience californienne, qu’elle commencera à monter sur des scènes françaises. Cette année, qu’elle baptise son « année du oui, où je disais « oui » à tout ce qui se présentait », la conduit à passer un long moment à Bali entre yoga, association caritative et méditation.
À son retour en France, en parallèle de ses premiers spectacles « à la petite semaine », elle se spécialise en intelligence collective et en conduite du changement au sein des entreprises. Chroniqueuse puis humoriste attitrée de l’émission Backseat sur Twitch, résidente du comedy club Panam-Art Café, elle participe au greenwashing comedy club.
Ses thèmes de prédilection ?« Tous ceux qui me mettaient en colère, comme l’écologie et le féminisme ». Des sujets « aussi bien politiques qu’économiques », qu’elle aborde également dans les entreprises, qui la sollicitent de plus en plus régulièrement. Depuis juin dernier, elle s’est produite tous les vendredis soirs à la Nouvelle Seine, avant d’entamer une tournée.
« Des Jedi schizophrènes et en burn out »
En cette période de voeux, elle résume bien le sentiment dominant des directeurs RSE, légèrement sonnés après une année de backlash intense : « C’est un peu votre job de vous battre contre le côté obscur de la force mais vous devez le faire depuis l’intérieur du côté obscur de l’étoile noire. Vous êtes des Jedi en fait, des Jedi schizophrènes et en burn out, mais des Jedi quand même. »
Une synthèse à la fois taquine, lucide et drôle, qui lui vaut d’ailleurs d’être très sollicitée à l’issue de la cérémonie pour d’éventuelles interventions au sein d’entreprises ou de structures telles que BpiFrance.
Encore un signe du besoin toujours plus saillant de parler de ces sujets autrement : en utilisant l’émotion, la culture ou l’humour autant que les injonctions morales et les sigles abscons !