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    The Shift Project, le think tank français qui oeuvre pour une économie décarbonée

    Pour libérer l’économie des énergies fossiles et concrétiser l’idée de transition énergétique, le think tank français The Shift Project élabore depuis dix ans des analyses et des propositions à destination notamment des décideurs économiques. Un rôle crucial d’éclairage et d’influence que nous explique Jean-Noël Geist, en charge des affaires publiques du think tank. 

    Réduire l’usage du pétrole, du gaz et du charbon dans une économie qui s’est bâtie dessus depuis la révolution industrielle n’est pas chose facile. Certes, la part des énergies renouvelables augmente chaque année, mais nos économies restent très largement dépendantes du fossile. Que ce soit dans le transport (voiture, avion, bateau), dans l’alimentation (engrais, plastique) ou dans les biens et services (vêtements, chauffage, banque…), les énergies carbonées sont légion. C’est pourquoi The Shift Project, une association d’entreprises françaises, s’est donné pour mission de rendre tangible l’idée d’une économie post-carbone. Jean-Noël Geist, en charge des affaires publiques du think tank, nous explique la genèse du projet : « The Shift Project est né en 2010, peu de temps après l’encourageante COP 15 de Copenhague et la crise financière des subprimes. Le gouvernement français avait renfloué les banques à hauteur de plusieurs dizaines de milliards d’euros, montrant qu’en cas d’urgence économique et sociale, des sommes d’argent importantes pouvaient être engagées. L’idée était donc de travailler sur la transition carbone avec les entreprises, avec l’espoir qu’un financement massif à l’image de celui des banques serait possible si le gouvernement avait une idée précise de quoi financer et pourquoi ». 

    « Nous travaillons de manière privilégiée avec les décideurs économiques »

    Afin d’aborder concrètement la décarbonation de secteurs économiques très différents les uns des autres, l’équipe dirigeante de The Shift Project est composée de spécialistes aux parcours variés. « Nos dirigeants sont pour la plupart issus du milieu de l’entreprise, d’autres des milieux universitaires, associatifs ou institutionnels. Cela offre à nos équipes une diversité d’expériences qui fait notre force » souligne Jean-Noël Geist. Une pluralité d’expertises qui permet au think tank de constituer des groupes de travail touchant aux questions de mobilité, de logement, de fret, de santé, de numérique ou encore de culture. Avec toujours l’idée de travailler en priorité avec les acteurs économiques, cible première. « Nous travaillons de manière privilégiée avec les décideurs économiques, que ce soit des dirigeants d’entreprises ou des décideurs publics. Leurs prises de décision sont importantes et méritent un aiguillage sur les questions du climat et de l’énergie » explique le chargé d’affaires publiques du think tank. Pour autant, The Shift Project ne se limite pas à une collaboration en vase clos avec les acteurs de l’économie. « Nous travaillons aussi avec l’ensemble des corps intermédiaires, qu’il s’agisse de médias, d’ONG, d’universités ou de personnels politiques. On touche aussi une certaine partie du grand public par la spécialisation de nos sujets et l’intérêt croissant des Français sur la question du carbone ».

    « Contrairement à l’idée reçue, les grandes entreprises s’intéressent à la question du carbone »

    Pour amorcer une économie post-carbone, le think tank ne se limite pas à des groupes de travail et à des analyses chiffrées. Des campagnes de lobbying sont également menées afin de promouvoir les groupes de travail auprès des décideurs économiques et politiques. « Nos salariés fournissent le cadre, la méthode et l’expertise pour traiter une problématique d’entreprise liée au carbone. Et contrairement à l’idée reçue, ce sont plutôt les grandes entreprises qui sont les plus promptes à s’intéresser aux questions du carbone, notamment parce qu’elles peuvent se payer des experts spécialisés qui font de la prospective » précise Jean-Noël Geist. Pour payer ses salariés et financer ses recherches, The Shift Project reçoit de l’argent de grands groupes comme Vinci ou la SNCF. « Cela les intéresse d’avoir de la connaissance sur des sujets qui ne répondent pas au cahier des charges habituel. Mais nous sommes aussi soutenus par des PME ».

    « Notre idée d’un passeport énergétique s’est implantée en Belgique et en Allemagne »

    Côté politique, The Shift Project exerce également une influence importante en France ainsi qu’en Europe. « En matière de rénovation énergétique, on a par exemple proposé puis élaboré en France un Passeport efficacité énergétique, qui vise à systématiser l’accompagnement des ménages dans la rénovation de leur domicile. L’idée s’est implantée en parallèle en Belgique et en Allemagne, puis a été reprise dans une directive européenne ». Cependant, d’autres propositions du think tank n’ont pas été accueillies de la même manière, se heurtant à des réticences institutionnelles. « Par exemple, nos propositions sur le prix du carbone n’ont pas été reprises telles qu’elles. Mais elles ont ressuscité le débat sur l’encadrement du prix des quotas sur le marché européen du carbone, et ce débat a permis de renforcer l’ambition de la dernière réforme ». Cela dit, Jean-Noël Geist ne souhaite pas mesurer l’utilité du think tank au seul nombre de décisions publiques influencées. « Améliorer la qualité du débat démocratique est un objectif en soi ».

    « On est une hybridation entre un laboratoire scientifique, une ONG et une fédération de professionnels »
    L’étendue des missions et des acteurs avec lesquels travaillent The Shift Project sont constitutifs de la nature du think tank. « On est une structure hybride entre un laboratoire scientifique, une ONG qui fait du plaidoyer et une sorte de fédération de professionnels qui ont en commun un intérêt fort pour la transition carbone. On ne publie pas dans des revues scientifiques, mais on mobilise des connaissances scientifiques pour informer et éclairer dans les médias, les universités, les entreprises… » indique le chargé des affaires publiques. Preuve s’il en est de la force d’une telle structure, le think tank planche depuis plusieurs mois sur un Plan de Transformation de l’Economie Française qui vise à proposer des solutions pragmatiques pour décarboner l’économie tout en assurant sa résilience. Une vaste feuille de route secteur par secteur afin d’envisager l’économie post-carbone avec cohérence et ambition. De quoi nourrir le débat public avant l’élection présidentielle de 2022.

    Romain Salas
    Journaliste. Après une licence de droit à la Sorbonne et un master en médias et communication au CELSA, Romain tombe dans les charmes du journalisme et de l'écriture. Avec un tropisme fort pour l’écologie et la justice sociale, il imprègne dans ses choix éditoriaux un parfum d'engagement à la mesure des urgences de notre temps.

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