Supermarchés, plateformes : le retour du troc se confirme en France

La crise économique du Covid-19 et les impératifs de réduction des déchets ont favorisé ces dernières années le retour du troc. Une économie circulaire qui prend des formes insoupçonnées, du « supermarché inversé » où l’on prend des objets sans payer, aux plateformes dont les monnaies virtuelles permettent l’échange entre voisins. Des initiatives écologiques et solidaires qui ne cessent de se multiplier.

On dit souvent que le troc existe depuis l’apparition de l’humain sur Terre, dans ce fameux mythe fondateur d’un silex échangé contre une peau de bison. Mais cette pratique séculaire n’a pas attendu l’anthropocentrisme pour se développer dans le monde vivant. Les animaux et les végétaux coopèrent sans cesse pour survivre, comme le pique-boeuf à bec rouge qui se nourrit des parasites présents sur la peau des rhinocéros, « en échange de quoi » il alerte son porteur de l’arrivée imminente de braconniers à grand renfort de coups de bec. Pour l’humain, le troc a cette même capacité d’échanger des services ou des biens, pour se nourrir comme le pique-boeuf à bec rouge ou pour se protéger pour ce qui est du rhinocéros. Des cours de permaculture contre l’installation d’une serrure, de délicieux gâteaux contre la garde des enfants. Une logique d’entraide qui prend aujourd’hui des formes inédites.

SmicVal Market, un supermarché de troc sans argent ni déchet

Imaginez un magasin d’objets où vous pouvez venir déposer des objets en état de marche dont vous n’avez plus l’utilité – votre grille-pain, votre chaise, des livres – et repartir gracieusement avec une commode ou un aspirateur. C’est le fonctionnement du premier supermarché français dédié exclusivement au troc, le SmicVal Market. Située en Gironde dans la petite ville de Vayres, cette maison des objets de 5 000m² a été lancée par le Syndicat mixte intercommunal de collecte et de valorisation (le SmicVal). L’énorme avantage, c’est que le syndicat peut récupérer de la déchetterie l’ensemble des objets qu’il estime réutilisable. Cela permet d’éviter l’enfouissement et de favoriser le réemploi. Depuis l’ouverture en 2017, la déchetterie, située en face du “supermarché”, a réduit de 60% l’enfouissement des objets collectés. Quand on rentre dans ce magasin d’un nouveau genre, tous les traits du supermarché conventionnel sont réunis, à l’exception des caisses. L’objectif est de montrer les déchets dans un lieu propre et lumineux plutôt que de les enfouir sous terre. Selon la direction, 10 000 objets sont déposés chaque année. Il n’est par ailleurs pas obligatoire de déposer des objets pour en récupérer d’autres. Mais contrairement aux ressourceries, les objets ne sont pas réparés. Deux nouveaux supermarchés ouvriront dans la ville de Libourne en 2022 avec des ateliers de réparation et un jardin potager partagé. 

Depuis l’ouverture en 2017, la déchetterie, située en face du “supermarché”, a réduit de 60% l’enfouissement des objets collectés.

Un retour massif du troc ne peut se faire sans le numérique

En attendant la création de centaines de supermarchés de troc dans les villes et les campagnes, la renaissance du troc passe aussi par internet, les réseaux sociaux et les applications. Mytroc permet par exemple aux particuliers de donner, échanger ou prêter des objets à partir de noisettes, une monnaie virtuelle. Cette dernière permet de faciliter l’échange en différant sa réciprocité dans le temps : on peut donner un objet, à charge pour son nouveau propriétaire de rendre la pareille plus tard. Pendant l’été 2020, la plate-forme hébergeait déjà 180 000 annonces, que ce soit des vêtements, de l’électroménager, des livres… Cerise sur le gâteau, le troc se fait souvent à des distances géographiques proches, facilitant la rencontre et le lien social. De nombreux sites spécialisés ont émergé, que ce soit dans les jeux vidéo, les livres ou les vêtements. Il existe même des réseaux spécifiques au troc d’entreprise comme France Barter. Cette plateforme permet à différents commerces d’échanger des biens et des services via une monnaie fictive appelée le « barter », troc en anglais. Une pratique née aux Etats-Unis suite à la crise de 2008 qui permet de pallier l’absence de banques de financement par des soutiens entre entreprises. Une manière de relocaliser l’économie et de développer une réciprocité commerciale. L’IRTA (International Reciprocal Trade Association) estime entre 12 et 14 milliards de dollars le volume total des transactions de troc chaque année dans le monde. Un chiffre en hausse qui réserve un avenir radieux à une pratique locale, solidaire et résiliente.

Romain Salas
Journaliste. Après une licence de droit à la Sorbonne et un master en médias et communication au CELSA, Romain tombe dans les charmes du journalisme et de l'écriture. Avec un tropisme fort pour l’écologie et la justice sociale, il imprègne dans ses choix éditoriaux un parfum d'engagement à la mesure des urgences de notre temps.

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