Decathlon : quand l’IA facilite l’éco-conception

Lors de la Design Night organisée en ligne par l’éditeur américain de logiciels Autodesk, Charles Cambianica, Advanced design project leader de Decathlon est revenu sur son usage de l’intelligence artificielle. Dans quelques années, celle-ci devrait permettre aux designers de concevoir des produits plus respectueux de l’environnement…

Depuis 2019, nous avons accéléré assez fortement sur l’éco-conception, avec 400 produits éco-conçus en un an, le double en 2020 et l’objectif d’être à 100% en 2026”, explique Charles Cambianica. Avec 3 600 nouveaux produits développés en interne chaque année, la marge de progression est encore forte. Mais l’intelligence artificielle pourrait bien donner un coup de pouce aux 300 designers de l’entreprise.

Au sein de l’Advanced Design Studio, Charles Cambiana explore justement les techniques qui seront utilisées dans dix ans. “On n’a pas de boule de cristal. L’idée c’est de construire une intuition de ce qu’on pourra apporter dans dix ans à nos utilisateurs. On conçoit avec les équipes une vision commune du futur et on prend les décisions qui vont nous orienter dans cette direction-là”, explique-t-il.

Il illustre la démarche en racontant le travail de recherche mené actuellement autour d’un nouveau modèle de vélo de course. Ce choix n’est pas anodin : si l’invention du vélo remonte à plus de deux siècles, sa conception peut encore être perfectionnée. Par exemple, les modèles les plus avancés, construits en fibre de carbone, ont un coût environnemental plus important que les modèles en métal, notamment en raison de l’absence de solution de recyclage en fin de vie.

Pour explorer de nouvelles pistes, les équipes de l’Advanced Design Studio de Décathlon se sont intéressées à la “conception générative”, une solution de conception assistée par une intelligence artificielle. “Le processus commence avec la saisie de contraintes (telles que les charges ou les points de fixation) et l’établissement des préférences (telles que le poids, les facteurs de sécurité et les techniques de fabrication)”, explique Autodesk sur son site. A partir de ces critères, les algorithmes proposent ensuite différentes combinaisons et options géométriques pour le produit. 

Le designer n’a alors plus qu’à choisir les alternatives les plus convaincantes, pour les affiner progressivement. De telles technologies sont déjà utilisées par des industriels comme Airbus ou General Motors, qui les utilisent pour explorer de nouvelles solutions à des problématiques techniques. Avec ces outils, Airbus a par exemple conçu une cloison 45% plus légère que les modèles classiques, contribuant ainsi à la réduction du poids des avions.

Sur ce sujet, Decathlon avance de manière incrémentale : pas question de demander à la machine de réinventer tout le vélo. Dans un premier temps, les designers se sont concentrés sur deux pièces : la fourche et le cadre. Après de nombreuses itérations,  le processus a permis d’atteindre les objectifs de poids et d’esthétique attendus, mais aussi de réduire de façon importante l’utilisation de matériaux. Cerise sur le gâteau, les matériaux sélectionnés s’avèrent recyclables.

L’utilisation de ces technologies d’éco-conception et la réduction de l’empreinte carbone des produits commercialisés par Decathlon n’en sont qu’à leurs balbutiements, car ces outils de conception générative ont été avant tout pensés pour optimiser la production et réduire les coûts, et non à des fins environnementales. Mais les choses pourraient changer rapidement. “Dans la présentation [par l’outil de conception générative] des résultats et des données, il ne nous manque en réalité pas grand-chose pour intégrer des dimensions de consommation de CO2 et d’empreinte carbone. La prochaine évolution, ce sera de pouvoir arbitrer entre émotionnel, performance, processus de fabrication et poids environnemental ”.

Pour autant, l’intelligence artificielle n’a pas vocation à remplacer l’humain dans le processus créatif. “Quand on commence un nouveau projet chez Décathlon, l’idée est de toujours mettre l’utilisateur au cœur de nos préoccupations”. Par exemple, avant de recourir à l’IA, l’équipe de designer est partie sur le terrain, à la rencontre des sportifs, dans le cadre d’un “user-safari” concrétisé par des films et… une BD. “On a à coeur de mettre beaucoup d’humains dans la façon dont on répond aux besoins”, explique-t-il. Et d’ajouter : “On a appris que l’IA et la création ne s’opposent pas du tout. L’IA est un outil qui permet de concentrer son temps sur d’autres choses, comme l’étude de l’usage. C’est un renfort à la palette d’outils que nous avons déjà”. 

Benoit Zante
Journaliste spécialisé dans les sujets de l'innovation, du marketing et de la transformation digitale, Benoit Zante couvre les grands événements technologiques mondiaux pour identifier et analyser les tendances émergentes. Il est aussi l'auteur de "Les défis de la transformation digitale" aux éditions Dunod.

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