Municipales : l’alliance de la social-écologie peut-elle rendre le pouvoir au local ?

Après le raz-de-marée vert et rose des municipales, plusieurs maires d’EELV et du PS se sont rassemblés à Tours afin de réfléchir à une politique écologique et sociale commune. Une alliance des territoires destinée à rendre le pouvoir au local et à contrebalancer la frilosité du gouvernement en matière de social-écologie.

Cent ans après la désunion des gauches au Congrès de Tours, la photo des maires écologistes et socialistes rassemblés dans la ville de la Loire mi-juillet est encourageante. Il ne s’agit pas d’une simple célébration électorale, mais bien d’une première rencontre entre nouveaux venus et réélus afin de s’organiser politiquement. Car après la vague verte et rose des municipales, les défenseurs de la social-écologie veulent profiter de leur victoire pour tisser un réseau politique local. L’esquisse d’une alliance afin d’appliquer une politique régionale qui concilie urgence climatique et justice sociale. « Nous sommes des faiseux, des gens qui agissent et veulent aller très vite sur l’écologie comme sur le social », explique la maire de Paris, Anne HIDALGO. Un projet politique qui permettrait de peser face au gouvernement en passant par un échelon de plus petite taille, celui des territoires. « Notre réseau a vocation à être un contrepoids et un contre-pouvoir du gouvernement » souligne la maire de la capitale.

« Des politiques transversales qui irriguent le territoire »

Impulsée par le maire de Tours, Emmanuel DENIS (EELV), cette « première réunion de travail » a su rassembler la grande majorité des maires écolo et socialistes des grandes villes. Parmi eux, Anne HIDALGO de Paris, Éric PIOLLE de Grenoble, Jeanne BARSEGHIAN de Strasbourg, Pierre HURMIC de Bordeaux, Johanna ROLLAND de Nantes… En tout, une vingtaine de maires venue pour former un réseau et « faire entendre la voix des territoires » selon la formule de Jeanne BARSEGHIAN. Car les nouveaux élus voient dans les grandes villes de puissants leviers pour appliquer une politique régionale qui trainerait des pieds au niveau national. « Cette première réunion de travail nous a permis de poser les bases sur ce que nous voulons : des politiques transversales qui irriguent le territoire avec la volonté d’avancer dans nos projets de ville », souligne Emmanuel DENIS. « Avec les urgences environnementales qui se posent à nous, nous ne pouvons plus faire des politiques à la petite semaine » précise le maire de Tours.

Réflexion sur la pollution, le logement, la 5G…

Etant donné la nature hybride de cette alliance, plusieurs groupes de travail ont été lancés avec pour objectif de croiser la question sociale et la question écologique. De la 5G à la question des formes de solidarité en passant par la pollution et la mobilité, c’est toute une manière de penser la collectivité qui pourrait se recomposer. « On est dans un mouvement local, un travail très concret, les villes vont se fédérer et s’épauler les unes les autres », explique Éric PIOLLE, maire de Grenoble. L’objectif, « c’est de travailler sur la lutte contre la pollution, comment se loger, se nourrir, améliorer sa santé… ». Chaque ville pourra ainsi apporter son retour d’expérience, de l’interdiction des écrans publicitaires à Grenoble jusqu’aux cantines bio de Nantes en passant par la lutte contre la spéculation immobilière en centre-ville de Rennes.

Quand le local transforme le global

Le potentiel de ce réseau régional pourrait être plus ambitieux que prévu. Car au-delà du partage de connaissance, c’est aussi un soutien politique et médiatique qui est envisagé. À Bordeaux par exemple, Pierre HURMIC compte sur l’entraide du réseau pour porter une réglementation sur l’encadrement des loyers. « J’ai toujours pensé que c’était une urgence, cruciale pour Bordeaux et d’autres grandes villes, en proie à la spéculation » explique-t-il. À Strasbourg, Jeanne BARSEGHIAN pense même « à s’appuyer sur les autres villes françaises pour que Strasbourg pèse au niveau européen face aux institutions, notamment dans les politiques alimentaires. On pourra infléchir le règlement national, par exemple sur les pesticides » espère-t-elle. Des ambitions très sérieuses qui rappellent à certains égards le municipalisme libertaire de Murray BOOKCHING, une théorie politique selon laquelle les villes devraient reprendre le pouvoir usurpé par l’État-nation pour réduire la verticalité de l’administration et retrouver une démocratie locale. Une structure démocratique qui pourrait faire son chemin à l’heure où l’urgence climatique est totale et les décisions politiques paralysées. L’élection d’exécutifs locaux verts et roses révèlent d’une dynamique forte d’un monde plus « Good » s’inventant autour du local.

Romain Salas
Journaliste. Après une licence de droit à la Sorbonne et un master en médias et communication au CELSA, Romain tombe dans les charmes du journalisme et de l'écriture. Avec un tropisme fort pour l’écologie et la justice sociale, il imprègne dans ses choix éditoriaux un parfum d'engagement à la mesure des urgences de notre temps.

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