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    Étude INA : TV, Radio, décryptage d’une actualité qui prend le virage vert

    Les grilles de programmes et les temps d’antenne sont formels : l’environnement est devenu en deux décennies un sujet incontournable de l’information. Angles diversifiés, hiérarchie rehaussée, programmes dédiés… De quoi verdir les consciences face à des enjeux toujours plus impérieux.

    À l’occasion du festival Médias en Seine et de sa nouvelle édition 100% digitale, une étude de l’INA a révélé l’évolution des rapports entre journalisme et environnement au cours des vingt dernières années. Sans surprise, l’essor d’une actualité verte est incontestable. Rien que sur les 5 chaînes historiques du paysage audiovisuel français (TF1, France 2, France 3, Arte et M6), le nombre de sujets a plus que doublé en 20 ans, passant de 702 sujets en 1997-1998 à 1540 en 2019-2020. Une évolution davantage liée dans un premier temps à la récurrence des catastrophes climatiques qu’à la sensibilité des rédactions. Depuis 2018 par exemple, l’actualité en matière d’environnement est forte. L’incendie de l’usine Lubrizol à Rouen fin 2019, les méga-feux en Australie et en Amazonie début 2020 ou encore la démission du ministre de la Transition écologique Nicolas Hulot l’été 2018 ont rappelé l’importance de la question climatique dans le traitement de l’information.

    Trois fois plus de temps accordé à l’environnement 

    Pour évaluer le temps consacré aux questions d’écologie, de climat et de biodiversité, l’étude commence par le journal télévisé, grande messe télévisuelle de l’actualité. L’étude nous apprend que le temps consacré aux enjeux environnementaux sur les JT des 5 chaînes historiques a triplé (x3,3) en un peu plus de vingt ans, passant de 3,5 minutes à 11 minutes. Une hausse en volume et en durée qui n’a pas connu la même vélocité en matière d’angle éditorial. Car pendant longtemps, les problématiques environnementales sont restées cantonnées à la question de la pollution et des déchets. La preuve avec le naufrage du pétrolier Erika affrété par Total en 1999 dont le traitement totalisait 994 sujets sur les cinq chaînes analysées. Un record qui s’explique par la télégénie de l’évènement, infiniment plus spectaculaire que d’autres phénomènes peu visibles comme l’acidification des océans.

    Verdissement des programmes avec la COP21

    Or, depuis la fin des années 2000, la question du climat et de l’énergie est en hausse. Les enjeux climatiques, qui ne comptaient que pour 10% des sujets verts en 2000, sont de plus en plus couverts du fait des épisodes de sécheresse en Espagne et au Portugal. Les Accords de Kyoto en 2005, la réunion du GIEC à Paris en 2007 et la COP15 à Copenhague en 2009 ont contraint les rédactions à se plier aux questions climatiques. L’intérêt des JT pour le climat décline dans les années 2010 avant de retrouver un grand regain lors de la COP21 organisée en France. Sa grande médiatisation (6 fois en ouverture du JT de France 2) aurait d’ailleurs favorisé une prise de conscience de la population française. Le climatologue Jean Jouzel observe à ce sujet que depuis 2015, « les animateurs ne vont plus chercher une contre-écoute systématique en invitant des climato-sceptiques, alors que c’était le cas avant ».

    2019-2020 : le boom des programmes environnement à la radio

    Côté ondes, la radio a aussi renforcé son offre ces dernières années. Il faut dire que les radios généralistes (France Inter, Europe 1, RTL, RMC et France Culture) partent de loin. Pour la saison 2001-2002, seuls 116 programmes étaient dédiés à l’environnement, contre 1020 pour la saison 2019-2020. Un raz-de-marée vert qui est venu dans un premier temps de Europe 1 et son émission Ecolographie présentée par Michel Field. France Inter emboîte le pas avec « CO2 mon amour » à partir de 2007, suivi de près par RTL qui diffuse plusieurs billets en rapport à l’écologie. Les stations vont par la suite alternativement s’engager et se désengager de la question écologique, avant de collectivement s’y pencher abondamment pour la saison 2019-2020 dont l’actualité écologique est riche. En matière de temps d’antenne, le grand gagnant de cette saison est France Inter qui a multiplié par 4 le temps alloué à ses programmes environnementaux, atteignant 144h d’antenne au total. Concernant la hiérarchie de l’information, on observe que les sujets écologiques portent principalement sur les radios publiques. La difficulté des radios privées à maintenir le rythme s’explique par leur dépendance à la publicité, limitant la durée des programmes longs et le rythme d’écoute. Une dissymétrie public/privé qui n’empêche pas une tendance structurelle forte de «verdisation de l’actualité » en matière de durée, de récurrence et de hiérarchie de l’information. 

    Romain Salas
    Journaliste. Après une licence de droit à la Sorbonne et un master en médias et communication au CELSA, Romain tombe dans les charmes du journalisme et de l'écriture. Avec un tropisme fort pour l’écologie et la justice sociale, il imprègne dans ses choix éditoriaux un parfum d'engagement à la mesure des urgences de notre temps.

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