À quoi ressemble véritablement une ville zéro émission ?

Alors que les métropoles représentent aujourd’hui 70% des émissions mondiales de CO2, de nombreuses villes prennent conscience de leur rôle crucial dans le réchauffement climatique. Pour tracer la voie et éviter le greenwashing, petit tour d’horizon des villes pionnières en la matière.

Le mirage de l’éco-cité séduit les métropoles autant qu’il les trompent. La Chine s’y est essayée au milieu des années 2000 avec Dongtan, une ville écologique expérimentale dont le modèle s’est révélé insoutenable car trop artificiel et réservé aux riches. Les Émirats Arabes Unis ont également tenté leur chance avec Masdar, une cité verte qui se rêvait en parangon de la neutralité carbone, mais dont le résultat actuel consiste en deux îlots fantomatiques au coût de fabrication faramineux. En Europe, les ambitions se sont souvent révélées moins chimériques, mais souvent fallacieuses. De nombreuses villes aspirent ainsi à la neutralité carbone, mais préfèrent compenser leurs émissions en achetant des droits à d’autres pays. Face à cette vision libérale de la décarbonation, les pays scandinaves font sans surprise figure d’exemple par leur engagement sincère et leur volonté politique.

Oslo veut réduire ses émissions de CO2 de 95% pour 2030

Les rues d’Oslo ne sont plus l’apanage des voitures, mais bien des vélos, des parcs et des jardins partagés. L’utilisation de la voiture a chuté de 28% en 2019 et plusieurs centaines de places de parking ont déjà été reconverties. Et la mairie de la capitale ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. L’objectif est de réduire de 95% les émissions de CO2 vis-à-vis de 2009 afin de respecter l’Accord de Paris. Les transports privés étant la première source de pollution de la ville, la municipalité a souhaité avant toute chose étoffer son offre de transports publics : des dizaines de bus électriques sont en circulation et les ferries seront bientôt électrifiés. En 2028, l’ensemble des transports publics devraient être dépourvus de gaz à effet de serre. Côté privé, Norway Post, le service national de livraison du pays, ainsi que DHL, emploient d’ores et déjà des vélos cargos électriques pour livrer les colis. Le port d’Oslo ambitionne quant à lui de devenir le premier grand port zéro émission du monde par un système tout électrique.

Aucun piéton ni cycliste mort en 2019 

Autre objectif d’Oslo : rendre la voirie plus séduisante afin d’inciter les déplacements à pied. Cela passe par une réduction drastique des voitures en circulation et de conditionner leur entrée à leur électrification. « Nous faisons en sorte qu’il soit moins cher et donc plus attractif de voyager par les transports publics », explique Hilde Solli, conseillère climat de la ville. Cette politique de mobilité durable fait par ailleurs ses preuves en matière de sécurité : Oslo ne déplore la mort d’aucun piéton ni cycliste en 2019. La ville s’est également penchée sur la pollution du BTP en mettant en place des subventions pour les projets de construction avec des matériaux durables et des équipements qui ne tournent pas aux énergies fossiles. Aux abords de la ville, les forêts sont par ailleurs étendues afin de séquestrer le carbone et de rendre la ville plus résiliente face aux effets du dérèglement climatique.

À Copenhague, « la ville à portée de 5 minutes »

La capitale du Danemark s’est engagée depuis 2013 à réduire drastiquement ses émissions carbones. En 2019, elle avait déjà réduit ses gaz à effet de serre de 42%, donnant à la mairie l’espoir d’atteindre le zéro émission d’ici 2025, un pari qu’aucune ville n’a osé fixer jusqu’alors. Comme pour Oslo, Copenhague a largement investi dans les énergies renouvelables, la piétonnisation et l’électrification des transports. Mais là où la capitale danoise brille, c’est pour son investissement dans le vélo. « C’est le meilleur moyen d’avancer parce que cela crée de meilleurs espaces, un air plus pur, moins de bruit et une ville plus saine », déclarait l’année dernière Frank Jensen, le maire de la ville. Ce dernier a d’ailleurs développé le concept de « ville à 5 minutes », c’est-à-dire une façon de sculpter la ville de manière à ce que son accessibilité soit optimisée et que l’ensemble des infrastructures nécessaires soient à 5 minutes de portée. Les magasins, les écoles et les transports publics bénéficient ainsi d’une grande proximité afin de rendre la voiture inutile voire désuète. 

En France, l’avantage du nucléaire

En France, les projets de ville zéro émission n’ont pas à rougir face au palmarès édifiant des capitales scandinaves. À La Rochelle par exemple, la municipalité œuvre depuis les années 80 à la décarbonation de sa ville. Des systèmes de vélo en libre-service dès 1976, des voitures électriques en libre-service dès les années 2000, puis un premier bateau à hydrogène en 2017. La grande différence étant qu’en France, les villes peuvent se reposer sur l’énergie nucléaire, laquelle est faiblement émettrice de CO2, mais source de déchets nucléaires et de risques sanitaires majeurs. À l’inverse, les pays scandinaves parient sur des énergies renouvelables (éolien, photovoltaïque, hydrolien…) et pas simplement décarbonées (comme le nucléaire). Mais la comparaison présente ses limites : la population française est par exemple sept fois plus importante que celle de la Suède ce qui induit des besoins très différents. De nombreux spécialistes français de l’énergie voient ainsi le nucléaire comme un moindre mal, comme un accélérateur de la transition énergétique et écologique. Car au-delà des déchets nucléaires, l’objectif primordial reste la limitation des émissions de gaz à effet de serre.

Romain Salas
Journaliste. Après une licence de droit à la Sorbonne et un master en médias et communication au CELSA, Romain tombe dans les charmes du journalisme et de l'écriture. Avec un tropisme fort pour l’écologie et la justice sociale, il imprègne dans ses choix éditoriaux un parfum d'engagement à la mesure des urgences de notre temps.

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