Eva Sadoun et Jean Moreau (Impact France) : « Il faut utiliser la puissance de la Tech pour les vrais enjeux, ceux de demain, pour le Bien Commun »

Le Mouvement Impact France présentait à VivaTech son Tech for Good Score, pour plus de transparence de l’impact social et écologique de la Tech. Outil d’évaluation et de positionnement, le Tech for Good Score est aussi l’occasion de lutter contre le Goodwashing dans la Tech, une mission portée par le Mouvement Impact France. Rencontre avec ses co-présidents, Eva Sadoun (Lita.co) et Jean Moreau (Phenix).

Le Tech For Good Score est un outil d’autodiagnostic en ligne permettant de rendre lisible l’engagement For Good des entreprises de la Tech. La note sur 100 s’appuie pour moitié sur l’Impact Score (développé par le Mouvement Impact France) – qui a pour objectif d’évaluer son impact social, écologique, la manière dont on partage sa valeur et son pouvoir, l’autre moitié analyse à part égale l’impact social du numérique (insertion, éducation au numérique, …) et l’impact environnemental du numérique (écoconception, impact carbone des serveurs, impact sur la biodiversité,…). Il est gratuit et accessible à tous.

The Good : Vous venez de présenter à VivaTech le Tech for Good Score. Pourriez-vous nous partager l’ambition de cet outil ?

Eva Sadoun : Le Tech for Good score a plusieurs objectifs : mieux évaluer les impacts des acteurs de la tech au niveau social, environnemental et au niveau de leur partage de valeur ; de les éduquer à ce que cela implique d’être « For Good » et sur quel levier agir ; de leurs donner des objectifs, connaître les moyennes pour mieux se positionner par rapport aux autres (écart de rémunération, recours aux BSPCE, etc..). C’est aussi, au regard des parties prenantes, et notamment les consommateurs et les investisseurs, un moyen de redonner de la transparence.

Jean Moreau : Cet outil à vocation à s’adresser aux géants de la tech comme aux start-up, mais aussi à toutes les PME qui, en utilisant le digital intelligemment, contribuent à accélérer les projets à impact positif, c’est là aussi qu’il y a les grosses masses d’impact carbone et d’impact en matière d’emploi.

The Good : Comment est né ce projet ? Quel en est le moteur ? Comment vous-êtes-vous entourés pour le monter ? 

Jean Moreau : Nous avions la volonté de s’assurer que le terme de Tech for good ne soit pas galvaudé. Nous avons déposé la marque Tech For Good, pour être les garants de ce terme à la mode. On veut éviter le Tech for Good washing, être sûr que l’on parle tous de la même chose – par exemple quand le Tech for Good Summit est réuni à l’Elysée. Pour gagner en crédibilité nous avons construit un outil qui vient certifier ce qu’est le « Tech for Good ». On a eu beaucoup de demandes, notamment de partenaires bancaires qui nous disaient « est-ce que cette boite est Tech for good ou pas » ; ils s’en remettaient à nous pour donner un verdict, un label, et on s’est dit qu’il fallait un process plus rigoureux pour pouvoir défendre nos positions.

Nous avons développé l’outil avec Palo IT, une SSII très engagée. Et nous avons co-construit le référentiel avec des pionniers de la Tech for Good (Vendredi, Castalie, Hello Asso, Ynsect, … ) et des investisseurs (Ring Capital, Investir et Plus), qui nous ont partagé leurs grilles de lecture et leurs méthodo d’impact investing, avec le prisme financeurs.

The Good : Au-delà de l’auto-évaluation que permet le « Tech For Good Score », comment peut-il être un outil au service de la transformation des entreprises ?

JM : Ce qui importe c’est la dynamique de progrès. Le Tech for Good Score sert à mettre la lumière sur les zones d’amélioration. On peut ensuite accompagner les entreprises à progresser, en s’appuyant sur nos groupes thématiques, nos membres très engagés et très experts (protection de la data, UX responsable, diversité dans la tech,…). C’est le but de Tech For Good et du Mouvement Impact France, qui sont des réseaux d’entrepreneurs, pour progresser entre pairs, pour que les meilleurs d’un secteur fassent grandir les autres.

Eva Sadoun : La vision des entreprises de la Tech for Good est souvent mono impact. Or ces entreprises, qui ont intérêt à agir à grande échelle puisqu’elles répondent à des grands enjeux sociaux ou écologiques internationaux (par exemple le climat), grossissent. Elles doivent alors s’intéresser à la manière dont elles recrutent, partagent leurs valeurs financières, comment leur modèle d’affaire fonctionne, est-ce qu’il répond réellement à un impact, etc.. Quand les utilisateurs voient des boites grossir très vite, ils peuvent se poser des questions. Le but c’est alors de les rassurer en créant de la transparence pour leur permettre de ré-adhérer au projet. C’est aider les entreprises de la Tech à être responsable sur l’ensemble de la chaîne de valeur et à témoigner de leur impact.

The Good : Est-ce que le Tech For Good Score a vocation à devenir un label ?

JM : Pour le moment c’est une reconnaissance, et non un label au sens normatif du terme ; puisqu’un label c’est lourd, compliqué à entretenir. Mais on va probablement aller vers cela. Il y a beaucoup d’initiatives qui commencent à émerger, de certification d’impact, de la RSE, etc…C’est un message que l’on souhaite passer à l’écosystème : il y a une vocation à unir tous ces labels, en avoir un qui fasse référence, car si on a une plateforme qui se lance par semaine, on perd en lisibilité à l’extérieur.

ES : Notre vision du label, c’est de rendre transparente l’information, au-delà du coup de tampon qui n’est pas forcément dans l’esprit des gens de la tech.

Nous faisons tout cela pour que l’innovation puisse servir l’intérêt général et que l’on puisse trouver des solutions car la tech est capable de porter des grandes solutions à grandes échelles, de mobiliser les esprits, d’inventer de nouveaux jobs. Elle peut donc avoir plein d’effets vertueux, mais il faut utiliser cette puissance et cette intelligence pour les vrais enjeux, ceux de demain, pour le Bien Commun.

TG : Tech For Good France a intégré le Mouvement Impact France (ex-Mouves) à l’automne dernier. Est-ce que les 1ers mois de rapprochement sont fidèles à votre ambition d’en faire un pare-feu au green et social washing dans la tech?

JM : Nous portions les mêmes combats : contribuer au Bien commun et faire émerger un monde meilleur par les structures économiques. Réunir les deux structures en une nous a donné plus de moyens humains, plus de budget, et du coup plus de reach politique et médiatique. Notre feuille de route est ambitieuse. Il nous reste 2 ans de mandat et on veut arriver à environ 30 000 entreprises à impact représentées.

ES : Les choses avancent vite puisque 1500 entreprises supplémentaires sont arrivées en quelques mois, des petites structures comme des plus grandes (Maif, Aigle, Le Boncoin). Nous représentons désormais 7 500 dirigeants. Nous voulons créer un mouvement avec des entrepreneurs de tous les milieux qui s’entraident, puisqu’ils font face aux mêmes enjeux (développement, recrutement, …). Nous voulons aussi porter une voix commune, notre industrie a besoin d’un cadre légal favorable qui la soutienne pour redéfinir ce qu’est l’innovation, les financements publics, le cadre fiscal pour qu’il soit favorable à ceux qui créent de l’emploi en France. Notre but est de les appuyer, avec un plaidoyer fort. Et d’accompagner les acteurs en transition, qui veulent aussi faire leur chemin vers l’impact.

TG : Vous organisez le 26 et 27 août prochains les Universités d’Été de l’Économie de demain. Quels seront les thèmes phares de cette 3ème édition ?

ES : Je ne peux pas encore vous dévoiler le programme mais ce sera vraiment l’événement de la rentrée économique dédié à l’impact et à l’économie engagée. Nous attendons des grands patrons, des innovateurs, des personnalités politiques, qui vont échanger sur les grands thèmes de la compétitivité sociale et écologique, et du modèle d’avenir de l’économie. Ce sera aussi un moment d’influence, pour faire porter les messages auprès des candidats à la présidentielle, pour faire bouger les choses et inscrire de grandes décisions dans les programmes.

Nouveauté cette année : les UEDD auront des déclinaisons régionales jusqu’à la fin de l’année.

JM : Les UEDD auront lieu cette année encore en « miroir » de la REF du Medef, pour incarner une autre voie et une autre vision de l’entreprise.

Emilie Thiry
Ex publicitaire reconvertie dans la communication corporate en 2011, puis dans la politique en 2015, Emilie est depuis juillet 2020 en charge du consulting et de la diversification des offres d’INfluencia. Elle dirige à ce titre The Good, la plateforme dédiée à la transformation écologique, sociale et solidaire des entreprises et des marques. Elle anime également un séminaire sur le monde de la communication en Master 2 Conseil éditorial à Sorbonne Université. Emilie est diplomée de l’IEP de Strasbourg et ancienne élève du CELSA.

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