Sophie Vannier, co-directrice de La Ruche : “ l’impact n’est pas un concept mais le bon sens dans un monde qui ne tourne plus rond”

Mêlant impact investing, incubation et capital-risque pour un soutien concret et durable aux jeunes pousses de la Good Economie, Alliance For Impact déboule sur le marché de l’entrepreneuriat social, et attire notre attention. Porté par La Ruche, Aviva et Ventech, ce premier fond d’amorçage de l’impact, pose la question des moyens d’arriver à conjuguer impact et croissance économique. Pour mieux comprendre ces enjeux et réfléchir à la notion  d’impact au sens large, rencontre avec Sophie Vannier, co-directrice de La Ruche, premier réseau national d’incubation dédié à l’entrepreneuriat social.

Incubation, form’action, immersion, hackathon, entrepreneuriat et intrapreneuriat : dans la naissance comme dans la quête de croissance (83% de taux d’activité à 3 ans des entrepreneurs incubés), La Ruche accompagne depuis 2008 les projets porteurs de sens dont le monde à besoin. Tête de gondole de l’incubation dédiée à l’entrepreneuriat social, ce réseau de plus de 1000 « faiseurs » aura, rien qu’en 2019, mis sur pied près de 350 projets. Qui dit entrepreneurial social dit responsabilité et sens, La Ruche porte depuis sa création la notion d’impact au coeur son ADN. En 2020, raisonner avec le monde et faire sens, c’est définitivement penser à l’impact de nos business, sur la planète, et ses populations. De l’idée de l’offre et sa production et la trace qu’il laissera. Pour renforcer son écosystème d’accompagnement, La Ruche s’associe avec Aviva France (leader de l’assurance en Europe) et Ventech (fonds de capital risque international spécialisé en early stage). 

Ensemble, ils créent ALLIANCE FOR IMPACT : le premier fond d’amorçage de l’impact, adossé à un programme d’accompagnement à la levée de fonds.

Avec pour ambition d’incuber jusqu’à 250 entrepreneurs et d’investir dans 1 à 2 projets par mois, pour des tickets allant de 150 000 euros à 500 000 euros, Alliance For Impact se veut le propulseur d’un monde entrepreneurial portant la double-ambition d’impact et de croissance économique. Enthousiasmée par cette nouvelle offre et curieuse de l’opinion d’un incubateur comme la Ruche sur  la question de l’impact au sens large, admirative du travail porté par la Ruche depuis plus d’une décennie, la rédaction rencontre Sophie Vannier, co-directrice de La Ruche.  

The Good : Pouvez-vous nous raconter ce qu’est le « Alliance For Impact » que vous venez de créer avec Aviva et Ventech ?

Sophie Vannier : La Ruche accompagne les entrepreneurs du stade de l’idée jusqu’à la levée de fonds. Nous constatons que certains entrepreneurs sociaux ont la possibilité de changer d’échelle et d’avoir un impact plus puissant sur la société mais qu’ils rencontrent des freins, notamment autour de la question de “lever de fonds” pour accélérer leur développement. Le programme d’accompagnement Alliance For Impact est là pour répondre à leurs questions et les aider à se structurer pour réussir leur première levée de fonds. Notre ambition est de rapprocher le monde de l’investissement et de l’impact par la création d’un fond d’amorçage adossé à un programme d’accompagnement. 

The Good  : Le nouveau jargon marketing de la transition écologique, sociale et solidaire ne cesse de parler d’impact. A tort ou à raison ? Peut-on parler d’un « milieu de l’impact »? Si oui, quels sont selon vous les acteurs qui s’y démarquent ?

S.V. : L’impact est une tendance de fond qui prend de plus en plus d’ampleur en France et en Europe. Et c’est tant mieux ! Néanmoins, l’impact est parfois vu comme un trophée alors que c’est presque une philosophie, une posture à adopter, une façon de réfléchir et d’agir dans son entreprise, sur toute la chaîne de valeurs. La recherche d’impacts (positifs), tout comme la raison d’être, doivent être au coeur des préoccupations d’une organisation. 

Soyons vigilants à ne pas devenir dogmatiques : l’impact n’est pas un concept mais le bon sens dans un monde qui ne tourne plus rond ! Et il peut être là où on ne l’attend pas. C’est d’ailleurs pour cela que La Ruche a ouvert ses portes à des publics sous-représentés dans l’entrepreneuriat et éloignés du monde de l’impact. C’est ce que nous faisons avec le Parcours Pôle Emploi qui permettra d’accompagner 200 porteurs de projet venant de toute l’Ile-de-France. 

On ne se positionne pas pour distribuer des bons points dans l’impact. C’est tous ensemble que nous irons plus loin. Nous faisons confiance au mouvement IMPACT France et Tech for good France pour porter notre voix. 

The Good : Pouvez-vous nous donner quelques exemples de start-up que vous avez soutenues et qui illustrent justement cette dynamique ?

Ce qui est intéressant c’est que l’impact fédère des mondes très différents : l’économie sociale et solidaire, les grandes entreprises et le milieu de l’entrepreneuriat. C’est pour cela que l’impact est une notion puissante. Au sein de nos programmes, nous accompagnons des startups, des petites entreprises locales mais aussi des associations qui souhaitent se réinventer. 

Pour représenter les circuits courts nous pouvons donner l’exemple des Fleurs d’Ici qui repense la filière de l’horticulture ; Populaire Café qui traite l’inclusion et la solidarité autour des métiers du café ou Opopop colis qui propose une solution simple et adaptée pour réduire les déchets du e-commerce. 

The Good : Depuis 2008, La Ruche s’impose comme le porte-drapeau d’un l’entrepreneuriat à impact possible pour tous. Avez-vous des résultats, chiffres à communiquer sur ce que ces 12 dernières années ont donné ?

S.V. : Nous sommes vraiment heureux d’augmenter chaque année le nombre de personnes accompagnées dans nos programmes. Notre mesure d’impact annuelle est en cours de réalisation mais on peut déjà dire que plus de 150 porteurs de projet ont été accompagnés au sein d’un programme de plus de 3 mois en 2020. Ce chiffre devrait plus que doubler l’année prochaine. 

The Good : Crise économique, sanitaire, prise de conscience : quels nouveaux enjeux pour aujourd’hui et demain ? 

S.V. : C’est une période difficile pour les entreprises et les entrepreneurs de tous les secteurs. Néanmoins, une étude réalisée par la Fondation Entreprendre* montre que, malgré la crise, 45% des français sont tentés par l’entrepreneuriat. Dans ce sens, la période de crise ne fait que renforcer la mission de La Ruche. Plus globalement l’entrepreneuriat à impact reste encore marginal dans la création d’entreprise et le milieu des startups. Il y a des efforts à faire de la part des pouvoirs publics et au coeur des stratégies des entreprises pour que l’impact devienne la norme. 

*L’esprit entrepreneurial en temps de crise, Harris Interactive pour la Fondation Entreprendre, Juin 2020 

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