Plan de relance Macron : on efface l’historique !

La rentrée économique ne doit pas nous faire oublier nos bonnes résolutions.
Et si nous profitions de cette rentrée pour changer notre logiciel et effacer l’historique. Comment relancer la machine ? Vous voulez réconcilier l’économie, l’écologie et le social dans une même valse ? Ce serait Good pour démarrer la rentrée, non ? 

Emmanuel Macron vient d’annoncer un plan de relance à 100 milliards d’euros à la fois prometteur et très « en même temps » (1/3 économie,1/3 environnement,1/3 social) pour soutenir les entreprises et stimuler la relance. Nous devons tous nous en féliciter. Les actes remplacent enfin la parole.  Cette initiative sera-t-elle un des marqueurs de la Good Économie pour une rentrée bienveillante pour les entreprises et surtout durable pour l’économie de demain? Nous avons tous, en tant que chef d’entreprise, besoin d’armer notre économie dans le monde d’aujourd’hui (pas celui d’avant) et remettre nos entreprises sur de bons rails. Décryptons les propositions du gouvernement pour voir si ce plan de relance s’inscrit dans un plan de transformation durable de l’économie. 

Relocaliser l’économie pour faire de l’impact

10 milliards d’euros de baisse des impôts de production est une grande première pour aider à réindustrialiser le pays et permettre à nos industries de produire localement à des prix compétitifs. En effet ils affectent depuis des années la compétitivité industrielle française et empêchent les entreprises de produire localement au meilleur prix. En 2018, les impôts de production représentent en effet 3,7 % de la valeur ajoutée des entreprises en France contre 0,7 % en Allemagne (source Étude CAE).
Mais si cette baisse d’impôt est très innovante et fléchée plutôt vers les ETI (42%) et PME (32%), elle n’est malheureusement pas assortie d’éco-conditionnalité. Dommage.
Une bonne nouvelle, 1/3 du plan de relance sera consacré à l’environnement.
« Le plan de relance proposera de mobiliser plus de 30 milliards d’euros pour la rénovation thermique des bâtiments, pour la réduction des émissions des transports et des industries mais aussi pour soutenir les technologies vertes de demain comme les batteries », a déclaré Jean Castex

Les trois secteurs prioritaires comme la rénovation énergétique, les transports et l’énergie et technologies vertes permettront selon Bruno Lemaire une baisse de 30 % des émissions de Co2 sur dix ans. Ces objectifs semblent beaucoup trop raisonnables compte tenu de l’urgence climatique.

Décarboniser le transport

Il faut souligner l’impact positif de la mesure pour décarboniser le transport (4,7 milliards d’euros) en stimulant le fret ferroviaire pour les marchandises et la réouverture des trains de nuit. La part du rail dans les transports de marchandises passera de 9% à 18% d’ici à 2030. Nous rêvons tous d’autoroute sans camions mais pas forcément de voyager en wagon lits. En revanche, consacrer 1,2 milliard d’euros pour le plan vélo et transport en commun nous laisse espérer plus de plaisir pour revenir travailler au bureau et moins de visio.

Néanmoins on regrette dans le plan environnement une concentration des investissements surtout vers la transition énergétique des bâtiments et le transport (dont l’aéronautique) alors que l’Allemagne a décidé d’investir 3 milliards d’euros dans les bornes électriques installées sur les autoroutes allemandes, et surtout 9 milliards d’euros dans l’hydrogène.

Des mesures à impact passées aux oubliettes

-Taxe Carbone européenne :

On peut regretter malgré la dynamique très positive de ce plan, de ne pas avoir réintroduit une taxe carbone progressive aux frontières au niveau européen pour en faire une vraie taxe écologique et socialement juste (et qui sera beaucoup plus « Gilets jaunes compatible »). Alors on efface l’historique?

-Bonus-Malus :

Instaurer un bonus-malus social et écologique assis sur des critères transparents a disparu du plan de relance écologique. Le Bad donnerait une valeur au Good!

 -TVA différenciée pour les déchets :

Où est passée la proposition de TVA différenciée dans la fiscalité des déchets pour stimuler l’économie circulaire et stimuler le réemploi des matières notamment dans le BTP ?
Saviez-vous que le BTP génère 266 millions de tonnes de déchets soit près de 69% de l’ensemble des déchets français! Le remplissage de nos poubelles jaunes semble parfois dérisoire…face à certaines éco-conditionnalités nécessaires pour remettre sur le bon chemin certaines industries.

-Triple comptabilité :

Pour réussir la transformation économique, le Gouvernement n’a pas encore eu le courage de mettre sur la table les enjeux de la triple comptabilité et tenir compte des externalités sociales et environnementales et développer de nouveaux indicateurs de richesse comme le concept de « coûts écologiques non payés » (CENP), qui permettent de mesurer la dette écologique générée par certains modes de production et de consommation. Soyons indulgent, extra financier sera bientôt un mot qui compte triple !

Laurence Tubiana Directrice de la Fondation Européenne du Climat avait d’ailleurs proposé d’activer le Crédit d’impôt recherche sous conditionnalité de localisation de production en France. Cette mesure à impact social pour lutter contre les bas coûts sociaux et l’optimisation fiscale à l’étranger n’a pas été retenue.

-Label Impact Score :

L’initiative de créer un Impact Score européen avec 17 mesures proposées par les entrepreneurs à impact lors des Universités d’Été de l’Économie de demain est un chemin très prometteur pour construire la Good Economie. 

Le collectif d’entreprises #Noussommesdemain poussé par les entrepreneurs à mission Jean Moreau président de Phenix et Eva Sadoun directrice de Tech for Good est en discussion actuellement avec le gouvernement pour intégrer certaines de leurs propositions. Voilà des actes forts à suivre pour stimuler l’économie de demain.

La bonne nouvelle de la rentrée viendra de l’Europe pour amplifier le plan de relance français. Les 750 milliards d’euros du Green Deal Européen pourraient accélérer la mise en place d’un label européen pour les entreprises à impact. L’Europe prévoit de stimuler les investissements dans des technologies vertes, décarboner plus rapidement l’énergie, favoriser la mobilité électrique comme par exemple la mise en place d’un airbus européen des batteries dont la France pourrait prendre le leadership. Plein de belles nouvelles à venir pour transformer cette rentrée.
L’Europe passe au vert. Les Français passent au bleu (des masques).

Oublions la Raison d’Être pour passer à la Raison d’Agir pour la rentrée.

Laurent Lafite
Expert en transformation digitale et environnementale depuis 20 ans. Spécialiste du marketing de rupture, des GreenTech et du développement durable, il est le fondateur de TransfoGreen et accompagne les entreprises dans leur transformation RSE.

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