Peut-on penser la crise comme une bonne nouvelle ?

Prendre l’impact de la crise covid-19 à contrepied : illusoire ou nécessaire ? Face à une culture médiatique de la mauvaise nouvelle, un billet d’humeur entre cynisme et légèreté sur ce que la crise pourrait finalement nous apporter de bon. 

Contenu : À en croire l’analyse des donnés scientifiques, les bilans gouvernementaux, titrailles médiatiques et prises de parole politiques : la Covid-19 n’est que catastrophe et sur tous les plans. De l’économie à la santé en passant par l’environnement et le social, une détresse à l’unisson qui ne laisse guère de place à l’analyse des bénéfices potentiels déclenchés par cette pandémie. Plus d’un million de morts, un chômage qui frôle la barre des 10% avec près de 900 000 emplois perdus au cours du premier semestre 2020, une récession de 9% du PIB pour la France en 2020, une chute d’activité de plus de 30% pour les restaurants et des déchets médicaux à n’en plus finir : de quoi donner le tournis aux optimistes acharnés. Si en 2020 les présidents du monde entier parlent de guerre pour décrire la pandémie (une erreur sémantique certaine), c’est aussi et surtout parce que nous faisons pour la première fois face à une crise qui, bien qu’elle affecte bien plus gravement les  communautés minoritaires, n’est pas fondamentalement une affaire de classe, de race, de genre ou de sexualités. La faute à personne et le risque pour tous. 

Pourtant, à la manière d’une anastrophe, ne pourrions-nous pas renverser l’ordre habituel des chemins de pensée pour laisser entrevoir un peu de bon dans le mauvais ? Peut-on jamais vivre une crise heureuse ? Quelle place à l’optimisme un poil cynique face à l’hécatombe ?  

Un peu d’histoire

Pour commencer, rappelons peut-être simplement que, comme de nombreux historiens ont fini par le conclure, c’est bien la Peste Noire de 1348 qui en décimant l’Europe d’un tiers de sa population a permis la Renaissance. Moins d’habitants, une surproduction alimentaire et de l’emploi pour tous, l’affaire était dans le sac. 

Ensuite, si l’on pense à l’envers les données chiffrées vertigineuses citées plus haut, on en vient à conclure que : la grosse discussion sur la réforme des retraites par répartition laissée quelques peu à l’abandon suite à l’arrivée de la Covid-19 trouve toute seule sa solution : avec un âge médian des décès liés à la pandémie de 84 ans, il est aisé pour les cyniques d’y voir un moyen de régulation rationnelle et positive dans un univers capitaliste investit par les baby-boomers, laissant la place à la relève citoyenne de cotiser pour sa propre retraite…Une mère nature qui reprend ses droits et renfloue les caisses de retraite comme un plat qui se mange froid ? N’exagérons pas. 

Good Vibes pour tous 

Néanmoins, au-delà d’une affaire de justice, la crise aura aussi permis de repenser le collectif. Outre les nouvelles formes de solidarités éphémères, c’est aussi une prise de conscience individuelle et collective sur l’urgence éco-socio-environnementale. Entreprises, politiques et citoyens semblent tous s’accorder sur la nécessité de changer le rapport à la consommation comme la production, de revoir nos priorités, et d’irriguer la planète de plans d’actions responsables. RSE pour tous et initiatives locales, sociales, collectives et durables, il est temps de penser l’humanité comme une perspective avec un avenir en plus du passé. Parmi la multitude de projets pour une économie du Good qui fleurissent en ces temps incertains, on note d’ailleurs l’initiative de L’Institut de l’Économie Positive, qui à l’aube de la quinzième édition du G20 qui prendra place les samedi 21 et dimanche 22 novembre, élabore 4 recommandations fortes qui seront remises au Président de la République pour sortir de la crise, et en profite pour annoncer la Semaine de l’Économie Positive. Pour préserver notre environnement social et naturel, renforcer la résilience des générations futures, voici les 4 ordonnances : 

– Créer un Haut-Conseil de la Résilience qui serait chargé d’évaluer et d’anticiper différents risques (environnemental, économique, social, sanitaire, numérique) selon une approche transversale. 

-Renforcer au niveau mondial l’approche « One Health » (principe d’interdépendance entre la santé humaine, animale et de l’environnement) pour mieux protéger tous les êtres vivants par l’identification des bonnes pratiques de santé publique, le renforcement de la coopération scientifique et l’harmonisation par la coutume des règles sanitaires mondiales. 

-Réorienter massivement les investissements en priorité vers les secteurs de l’« économie de la vie », en particulier les secteurs de la santé, de l’éducation et des énergies propres pour une reprise économique plus durable

-Donner priorité à l’éducation comme levier de la résilience des générations futures afin de lutter contre la pauvreté et l’exclusion en sanctuarisant les budgets nationaux et internationaux d’éducation pour revaloriser le métier d’enseignant et augmenter le nombre d’enseignants formés

Pour Jacques Attali, Président de Positive Planet & Président du Conseil de Surveillance à l’Institut de l’Économie Positive « Alors que 96 %[1] des citoyens des pays du G20 souhaitent des changements durables dans nos sociétés, la période que nous vivons est une opportunité pour apprendre et avancer ensemble pour construire un monde positif qu’on souhaite léguer à nos générations futures. Osons prendre des mesures à la hauteur de l’urgence face à laquelle nous sommes sur le plan économique, social et climatique pour renforcer l’économie de la vie et rendre nos sociétés plus positives ! ».

Voilà le positif qu’il nous fallait  ! 

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