Penser la ville à l’échelle internationale pour un local plus global


Comment rendre global le local ? Quelle coalition entre les villes et Etats dans la transition écologique et la résilience des territoires ? Si les atouts du local n’ont plus de secret pour personne, les entreprises, villes et régions ont-elles pensé à l’international pour enrichir leur transition locale ? Car s’il faut passer du global au local, il faut aussi que le local soit global. Sans quoi, la planète ne tiendra pas. 

Face à l’artificialisation de la vie, à des sociétés hyper-techniques aliénant l’individu, à un monde moderne standardisant antinomique avec la vérité et la singularité de l’individu, le local séduit, mais pas que. Loin d’être une tendance venant faire un pied de nez à la disneylandisation* et volant au secours d’un individu en quête de singularité, le local est un des axes fondamentaux de reconfiguration de nos modèles de production et consommation, réinventant depuis désormais plusieurs années le commerce et l’économie. Un changement de cap à l’intérieur du monde de consommation qui se traduit aussi à l’intérieur des villes. Et pour cause, au delà du social, c’est l’environnement qui prône une dictature du local comme seul moyen de subsister. 

Comme l’explique Gilles Lipovetsky à INfluencia, « si la marchandisation s’adapte aux désirs et engagements de ses consommateurs en exploitant un nouveau référentiel qui est désormais celui de la proximité, de la naturalité, ce n’est toutefois pas comme une simple vague de mode éphémère ». Un nouveau stade de consommation qui met moins en avant la modernisation que l’ancrage et le local, comme une machine à relancer la consommation tout en sortant la planète du feu.

Dans une démarche de transition écologique urgente, des gros industriels internationaux aux jeunes pousses, des politiques internationales aux institutions publiques de région, des consommateurs aux citoyens, tout le monde s’accorde pour réengager le local comme moteur d’un monde plus sain. En témoigne, selon le cabinet Urban Sublime,  les 80% de Français estimant que consommer local est un outil pour réduire l’impact de l’activité humaine sur l’environnement mais aussi pour répondre aux enjeux sociaux majeurs (environnement, emplois durables et stables, lien social, transparence, proximité). La transition vers une ville plus durable n’est pas l’affaire d’une localité d’un pays mais une démarche mondiale et globale. Dans la transition de l’économie, des transformations radicales prennent place.   

Pas de coalition, pas de transition 

Renforcer son ancrage local et participer à la réindustrialisation sont des missions qui ne peuvent se faire de manière durable, sans coalition entre pays. A l’occasion du Sustainable Cities Summit proposé par le Hub Institute le 15 septembre, Hervé Boisguillaume, directeur du projet Ville Durable au Ministère de la Transition Écologique, tentait de répondre à la question suivante : Comment l’Etat et les villes promeuvent-ils  la transition écologique et la résilience des territoires à l’international ? Entre résilience productive (capacité d’une ville, une région ou un pays, à retrouver les structures et les fonctions de son état de référence après une perturbation*) et richesse des savoirs-faire étrangers, la question d’une collaboration se pose. 

S’inspirer des modes opératoires internationaux pour grandir localement 

A l’échelle nationale, la France ne manque pas de talents et pourrait presque se suffire à elle-même. Villes intelligentes intégrant des technologies innovantes au bénéfice des citoyens, Villes durables, résilientes aux risques, vertes, économes des ressources, vivables sur le long terme et fondée sur une logique d’économie circulaire, Villes agiles : adaptabilité aux conditions géographiques, sociales, pratiques (expérience de l’urbanisme temporaire, spécifique à la France –Les Grands Voisins par exemple), toute une panoplie d’innovations et de modèles qui attire les élus locaux étrangers. Mais comme l’explique Hervé Boisguillaume, pas de ville durable sans territoire durable autour, d’où l’importance des stratégies qui créent des ponts entre métropoles et zones plus rurales autour par exemple. « Les coopérations internationales sont fondamentales pour un changement profond du paysage citadin mondial. Des partenariats sont nécessaires ». Pourquoi ? Parce que l’international apporte aux villes d’autres idées, d’autres savoir-faire et expériences. Le directeur du projet Ville Durable parle alors de « parangonnage » qui s’opère en regardant ce qui se fait dans des villes du nord comme du sud et d’innovations à aller piocher et adapter pour la valorisation de nos villes et entreprises.

Pour se faire, les congrès et autres rencontres s’organisent. Au menu pour 2020, PollutecForum Urbain Mondial de Katowice, ou encore le Smart City Barcelone avec un Pavillon des acteurs français. 

En marge de ces rendez-vous, on note aussi le C40 ou Cities Climate Leadership Group, une coalition regroupant aujourd’hui 94 Métropoles réparties sur l’ensemble des continents, née en 2005 de la volonté de réunir des villes investies dans la lutte contre le réchauffement climatique. Présidé par la Maire de Paris Anne Hidalgo entre 2016 et 2019, le C40 est un exemple parlant de la nécessité d’un contrat international dans le développement des villes durables.

*Gilles Lipovetsky

**Dans la nature, les écosystèmes résilients se distinguent par le fait qu’ils sont plus diversifiés, offrent plus de complémentarité et de redondance des fonctions

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