Partage de la valeur : sujet capital ?

Dans le cadre du partenariat entre le Mouvement Impact France et The Good, voici une double tribune “regards croisés” qui fait suite au grand débat des Universités de l’Economie de Demain de Marseille. Nicolas Ponson (fondateur et co-CEO de REDMAN) et Laurent Choukroun (co-fondateur de Synergie Family et L’Epopée) expriment leur vision du sujet : “Partage de la valeur : sujet capital ?”.

Quelle est votre définition du partage de la valeur, à l’heure où les entreprises sont confrontées à des défis de plus en plus vastes ?

Nicolas Ponson : Dans un contexte d’inflation, de hausse massive des taux, de période d’instabilité mondiale, et bien sûr d’impératifs de transition écologique, la question de la juste répartition de la richesse produite par les entreprises se pose naturellement. Elle répond d’abord aux exigences légitimes en matière de juste distribution des fruits du travail. Mais cet enjeu du partage de la valeur peut aussi être envisagé de manière plus large si l’on veut en faire un accélérateur de la transition écologique et sociale de l’économie.

Si l’entreprise produit de la richesse, la première question est de savoir si elle la produit de manière vertueuse, de manière éthique et en étant respectueuse de son environnement. Puis vient la question de la répartition de cette richesse. Même si elle a été produite de manière vertueuse comment la répartir de manière juste, c’est-à-dire avec chacune des parties prenantes de l’entreprise : les actionnaires, les salariés, bien sûr mais aussi la société au sens large et la planète peuvent faire partie de la répartition. Comment faire en sorte que la société et la planète reçoivent une part de la richesse produite par les entreprises ?

Laurent Choukroun : A mon sens, le partage de la valeur, s’entend, trop souvent, sous l’angle économique uniquement et ce dès lors qu’une valeur financière a déjà été créée. Je crois qu’il est important de porter un autre regard sur cette question, et d’introduire systématiquement d’autres notions, telles que la valeur sociale, environnementale et inclusive créée (ou détruite) pour chaque entreprise.

Restreindre la notion de valeur à la seule création de valeur économique est une hérésie comparable à la croyance que le PIB d’un pays est une mesure de l’épanouissement de l’ensemble d’une population et d’un développement vertueux.

Ma conception du partage de la valeur, repose donc sur une perspective globale qui doit se penser en amont et sur toute la chaîne de valeur du projet de l’entreprise : sa façon de former, de recruter, de rémunérer ses collaborateurs, sa responsabilité territoriale, son approche inclusive, l’attention portée aux prestataires, et évidemment sa capacité à ne pas impacter l’environnement ou mieux de l’impacter positivement.

Pouvez-vous donner des exemples concrets pour mieux partager la valeur ?

Nicolas Ponson : Le Mouvement Impact France s’est beaucoup intéressé à la question du partage de la valeur, en prenant appui sur l’expertise des pionniers. Plusieurs initiatives, mises en oeuvre par les entreprises à impact positif offrent des réponses qui sont autant de pistes que les entreprises peuvent expérimenter. Par exemple, choisir de sanctuariser une partie de leur bénéfice comptable pour en reverser 10% à des projets de transition écologique et sociale et 10% à leurs salariés sous forme de primes d’intéressement et de participation, ou encore indexer la rémunération variable des dirigeants à des critères de performance extra-financière. Ce sont autant de manières d’aligner performance économique et intérêt général !

Chez REDMAN nous avons instauré une participation “RSE” qui fonctionne de la manière suivante:

L’intéressement financier (qui est calculé comme un pourcentage du résultat de l‘année divisé par le nombre de salariés (donc également réparti quelque soit le salaire des collaborateurs)) est doublé si les 10 critères RSE sont respectés. Les 10 critères ont été établis avec les collaborateurs, ils sont collectifs, et vont tous dans le sens de l’amélioration continue des pratiques de l’entreprises en matière d’économie carbone, inclusion, etc. Ce double intéressement, les collaborateurs ont la capacité de l’investir au capital de la holding du groupe.

 Par ce mécanisme les collaborateurs travaillent à améliorer chaque jour leurs pratiques et investissent au capital de leur entreprise un par de la richesse qu’ils ont participé à créer. Et pour que la valeur (non financière en la matière) soit partagée même si le résultat financier est faible nul ou négatif, l’intéressement RSE possède un plancher.

Laurent Choukroun : Comme je l’ai évoqué lors des échanges, selon moi, lorsqu’on évoque le partage de la valeur alors que les richesses ont déjà été créées, il est déjà trop tard. La réflexion sur ce thème doit être faite bien en amont, au moment de la création de la valeur.

Les exemples concrets qui viennent à l’esprit lorsqu’on évoque le partage de la valeur sont ceux qui permettent aux salariés d’une entreprise de bénéficier des fruits du résultat de l’entreprise.

C’est évidemment une très bonne chose, mais probablement insuffisant si on considère l’ensemble des enjeux humains et environnementaux de la planète.

L’entreprise a son rôle à jouer, comme chaque individu ou chaque organisation. Ce qui signifie que l’impact d’une entreprise peut et doit aller bien au-delà de ses collaborateurs. En ce sens, le monde de l’économie sociale et solidaire pourrait être une source intarissable d’inspiration et ce tout secteur confondu.

Par exemple, nombreuses structures ont fait de l’insertion professionnelle des jeunes ou des publics éloignés de l’emploi leur fer de lance. C’est le cas de structure comme Les Déterminés, porté par Moussa Camara, ou Sport Dans La ville qui créé des terrains sportifs dans les quartiers pour utiliser le sport comme un levier d’insertion professionnelle, ou encore de la Varappe, organisation qui promeut depuis 30 ans l’inclusion dans les métiers de la santé, de l’environnement et de l’éco construction.

On pourrait aussi évoquer l’exemple de l’Epopée, projet que nous avons porté avec un collectif d’acteurs, qui a consisté consistait à racheter les 19 000m2 des locaux historiques de Ricard, en plein cœur des quartiers nord de Marseille pour en faire un lieu dédié à l’innovation éducative au service du territoire et de ses habitants.

Pour réaliser ce projet fou, nous avons utilisé les codes et les approches de la promotion immobilière et des mécanismes financiers propres au monde économique mais avec l’esprit que la valeur créée devait l’être au service de ces quartiers et des habitants.

Par ailleurs, il y a trois leviers puissants que la puissance publique peut mettre en œuvre. Le premier d’entre eux et le plus facilement activable est celui de la commande publique. En France, elle est estimée chaque année autour des 100 Milliards d’euros. Ceci représente une manne financière non négligeable qui permet d’orienter l’action des entreprises pour placer au cœur de leur projet, la dimension inclusive, le respect de l’environnement, ou encore l’impact territorial de l’entreprise.

Le second levier est celui des aides financières, sous forme de subventions ou plus efficace parfois de garanties, pour faciliter le financement des structures qui démontrent leur impact et l’intérêt public de leur démarche. Ce levier permet de favoriser le développement d’initiatives d’entrepreneurs ou d’organisations qui innovent, créent, entreprennent au service du bien commun.

Enfin, le levier législatif, qui permet à l’Etat de créer les conditions législatives et règlementaires pour la transformation de l’économie sous toutes ses formes, et notamment ce sujet central de la répartition de la valeur.

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