Obsolescence programmée pour la 5G ? Les télécoms pensent déjà à la 6G…

Alors que le déploiement de la 5G est à peine amorcé, les opérateurs télécoms discutent déjà de la prochaine génération de réseaux mobiles : la 6G… Un réseau nouvelle génération capable de suivre les évolutions des usages d’internet, mais surtout plus “green”, comme le promettent les acteurs du secteur, réunis à Barcelone pour le Mobile World Congress 2022.

La 5G, qui a commencé à faire son apparition en France fin 2020, pourrait-elle bientôt être obsolète ? En 2025, la 5G ne devrait représenter qu’un quart des connexions mobiles dans le monde, contre encore 55% pour la 4G, d’après les projections du GSMA. Sa marge de progression est donc encore grande ! Mais pour le monde des télécoms, il est déjà temps de commencer à penser à la suite…

S’adapter aux nouveaux usages connectés

Pour Nishant Batra, le Chief Strategy and Technology Officer de Nokia, qui s’exprimait lors d’une table-ronde du Mobile World Congress, “Les technologies actuelles ne vont pas être suffisantes : nous devons réfléchir à ce qui sera nécessaire pour supporter les usages en 2030.”Télé-médecine, robotique, hologrammes, mondes virtuels et métavers, réalité augmentée, réalité virtuelle ou réalité mixte, intelligence artificielle… sont autant de technologies dont les usages vont être amenés à croître de façon importante dans les années à venir, jusqu’à atteindre les limites des réseaux actuels.

Anita Doehler, la CEO de la ​​Next Generation Mobile Networks Alliance, une association regroupant opérateurs et équipementiers télécoms, s’est justement penchée sur la question. Son organisme vient de publier un guide proposant une cinquantaine de cas d’usages d’une éventuelle 6G.

Une 6G est-elle vraiment indispensable ?

Mais l’évolution des usages n’est pas la seule raison évoquée par le dirigeant de Nokia pour justifier un nouvel “upgrade” des réseaux, quelques années seulement après le lancement commercial de la 5G : “Nous devons aussi améliorer la consommation énergétique du réseau.” souligne-t-il, avant d’évoquer un autre enjeu : la sécurité et la fiabilité des infrastructures télécoms, dans le cadre d’usages de plus en plus intensifs et stratégiques.

La norme 5G avait pourtant été pensée pour être évolutive, afin de prendre en compte l’évolution des besoins et des usages sans avoir à tout reconstruire… La ​​Next Generation Mobile Networks Alliance reconnaît d’ailleurs dans l’introduction de son rapport qu’une partie des cas d’usages de la 6G présentés pouvaient être résolus avec la 5G. “La 6G devra être une évolution, qui viendra par-dessus la 5G, pas contre elle. Mais nous aurons aussi besoin de technologies ‘révolutionnaires’, qui apporteront une vraie différence”, précise donc Nishant Batra.

L’impératif écologique au cœur des réflexions ?

Pour désamorcer les critiques sur l’obsolescence programmée des réseaux, le rapport de la ​​Next Generation Mobile Networks Alliance souligne l’importance de l’enjeu écologique dans l’élaboration de ce futur réseau, qu’il envisage pour l’après 2030 : “Un impératif important dans la réflexion sur la 6G est la soutenabilité environnementale, tant en termes d’éco-conception de la 6G que par sa capacité à réduire l’empreinte carbone des industries et des activités humaines.”Néanmoins, pour Gerhard Fettweis, de l’institut de recherche Barkhausen, il est préférable de temporiser : “Nous avons encore dix ans devant nous. Nous devons d’abord déployer la 5G et en tirer les leçons. On ne sait pas du tout à quoi ressemblera la 6G,” explique-t-il. Seule certitude pour l’instant : le secteur des télécoms ne pourra pas faire l’impasse sur une réflexion au sujet de l’impact environnemental d’un nouveau réseau.

Benoit Zante
Journaliste spécialisé dans les sujets de l'innovation, du marketing et de la transformation digitale, Benoit Zante couvre les grands événements technologiques mondiaux pour identifier et analyser les tendances émergentes. Il est aussi l'auteur de "Les défis de la transformation digitale" aux éditions Dunod.

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