Lucie Basch, co-fondatrice de Too Good To Go : « il faut démocratiser mondialement la lutte contre le gaspillage alimentaire »

Depuis 2016, Too Good To Go a sauvé 60 millions de repas dont 20 millions en France. Désormais certifiée BCorp, la start-up reine de la lutte contre le gaspillage alimentaire est présente dans 14 pays européens et compte pas moins de 700 employés. Avec une nouvelle levée de fonds de 25,7 millions d’euros, Too Good To Go poursuit son internationalisation en attaquant le marché américain. Rencontre avec la co-fondatrice et présidente, Lucie Basch, une centralienne qui veut changer le monde et qui le fait. 

Chaque année, 1,3 milliard de tonnes de nourriture sont jetées ou perdues sur l’ensemble du globe correspondant à un rejet de 3,3 giga tonnes de gaz à effet de serre par an. Paradoxalement, 815 millions de personnes souffrent encore de la faim dans le monde. En France ce sont 10 millions de tonnes de nourriture consommables qui sont jetées soit 29 kg par an par habitant dont 7 kg encore emballés ! Le tout pour la coquette somme de 16 milliards d’euros. Heureusement, en France, la loi Garot de 2016 sur le gaspillage alimentaire a permis le point de bascule en interdisant les distributeurs alimentaires de détruire leurs invendus alimentaires (3750 euros d’amende en cas d’infraction). La loi oblige aussi les magasins alimentaires de plus de 400 m2 à proposer une convention de don à des associations pour la reprise de leurs invendus alimentaires encore consommables. 

Parmi celles et ceux qui aident à changer les comportements au-delà des lois, on compte évidemment Lucie Basch. Dirigeante « Waste Warrior » hors norme, Lucie Basch et sa start-up Too Good To Go revendent à prix cassés les invendus des supermarchés, des commerces de quartier ou des restaurants. The Good la rencontre pour parler enjeux et internationalisation.

The Good : Quels sont les ingrédients qui font la spécificité du succès de Too Good To Go par rapport à ses concurrents comme Phénix ?

Lucie Basch : Je crois qu’il y a plusieurs choses. Les valeurs profondes qui nous ont incités à démarrer. Elles nous poursuivent toujours aujourd’hui dans tout ce que l’on fait. Nous avons aussi une équipe qui est complètement alignée avec nos valeurs, qui nous permet de faire avancer les choses à très grande allure. Notre force est surtout dans la simplicité de notre produit. Notre concept «Keep it simple» est un panier surprise qui permet aux commerçants d’avoir une solution aussi simple pour eux que de jeter les produits alimentaires à la poubelle. La simplicité de ce panier surprise nous a permis de faire grossir le bouche à oreille et de faire de nos 60 000 commerçants nos propres ambassadeurs en « pitchant » facilement le concept Too Good To Go à leurs collègues. C’est donc finalement l’alliance de valeurs fortes et de simplicité qui nous a permis d’être ce que l’on est aujourd’hui.

The Good : Comment se développer à l’international dans 15 pays quand il n’y a pas de loi coercitive comme l’est la Loi Garot de 2016 en France contre le gaspillage alimentaire ?     

L.B. : En France nous sommes effectivement assez précurseurs avec la Loi Garot qui a beaucoup aidé à éveiller les consciences. Le gaspillage alimentaire est un thème qui compte vraiment beaucoup pour les Français. La raison de notre développement international si rapide est que le gaspillage alimentaire touche vraiment tout le monde. Et la bonne nouvelle, c’est que nous pouvons tous avoir un impact contre ce gaspillage. C’est un bon levier pour générer un mouvement mondial et inciter chacun à passer à l’action. Si loi Garot a mis au centre des conversations le gaspillage alimentaire pour en faire une cause nationale, la solution Too Good To Go permet de belles opportunités de création de valeur pour les commerçants alimentaires pour trois raisons : premièrement proposer une solution ultra simple pour ne plus jeter, deuxièmement mettre en avant une image d’un distributeur engagé et finalement permettre de générer un nouveau flux de clients en magasins.

The Good : Vous venez de dévoiler une levée de fonds spectaculaire de 25,7 millions d’euros avec Alexandre Mars, via son fonds Blisce, et d’autres investisseurs. Quelle est votre stratégie pour toucher les USA, symbole de la surconsommation ? 

L.B. : Quand nous nous sommes lancés aux USA, nous nous sommes dit que si nous arrivions à nous installer dans 14 pays d’Europe, il n’y avait pas de raison que cela ne marche pas aux USA. Nous avons commencé un test sur la côte Est, uniquement sur Boston et New York. Nous avons gardé la même solution que celle proposée en France et le démarrage a été très rapide avec plus de 1 000 commerçants et 250 000 utilisateurs qui ont téléchargé l’application, et de nombreuses retombées presse notamment dans le Wall Street Journal. L’idée est de prouver que notre concept fonctionne dans ces deux villes symboliques.

En 2021, avec cette levée de fonds, nous souhaitons accélérer notre développement sur le reste du territoire américain. Il est nécessaire de démocratiser mondialement la lutte contre le gaspillage alimentaire. Nous avons pour vocation de toucher tout type de distributeur ou commerçant de quartier proposant des produits frais aux USA avec une prochaine étape la côte ouest en commençant par Los Angeles.

The Good : Quelles sont  votre stratégie RSE et vos obligations en tant qu’entreprise certifiée B Corp ?

L.B. : Dans notre stratégie RSE, nous avons instauré cinq valeurs de marque clés qui démontrent notre engagement B Corp :

We fight together : Une équipe qui avance ensemble dans la lutte contre le gaspillage alimentaire.

We raise the bar : Notre cause comme nos ambitions sont immenses.

We keep it simple : Garder un produit très simple mais aussi des relations entre nous toujours simples avec très peu de hiérarchie.

We bear the legacy : Nous savons pourquoi nous nous levons le matin. Nous avons l’envie de célébrer et d’être fiers en gardant toujours cette magie dans l’air.

We care : Prendre soin des uns des autres, de nos partenaires et de nos consommateurs et faire des choses qui sont alignées avec nos valeurs personnelles et notre éthique.

C’est dans ce contexte que nous souhaitons rapidement être « carbon neutral» en mesurant précisément notre impact sur l’environnement. Nous souhaitons aussi avoir un levier très positif sur nos employés en étant un employeur exemplaire avec une approche gagnant-gagnant. Par exemple, nous autorisons nos employés à venir exactement comme ils le veulent. Pour leur bien-être, ils ont besoin d’être inspirés et motivés par notre mission au quotidien. Ils bénéficient régulièrement de moments plus aspirationnels comme par exemple, la venue hier d’Alexandre Mars qui nous a partagé son expérience sur l’investissement durable. Nous avons aussi un KPI principal de performance prioritaire : le nombre de repas sauvés au quotidien. Tous nos employés sont récompensés sur cet indicateur.

Laurent Lafite
Expert en transformation digitale et environnementale depuis 20 ans. Spécialiste du marketing de rupture, des GreenTech et du développement durable, il est le fondateur de TransfoGreen et accompagne les entreprises dans leur transformation RSE.

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