« La RSE est une licence to operate, une condition sine qua non à la poursuite de toute activité »

Immanquable au menu du Good, du Développement Durable et de la Responsabilité Sociétale de l’Entreprise et des Marques en Europe, le salon PRODURABLE concentre l’essentiel de ce que promet le paysage éco-socio-environnemental en cours et à venir. Au moment même de sa 13ème édition, nous rencontrons Cécile Colonna d’Istria, fondatrice de l’événement, évidemment experte sur ces questions. Lumière sur l’engagement en 2020, ses enjeux, ses objectifs et ses bons élèves. 

A l’échelle européenne, le salon PRODURABLE invite chaque année depuis plus de 10 ans les acteurs de l’écosystème B2B à se rencontrer et mutualiser leurs énergies, tous sujets confondus. De la ville intelligente à l’économie circulaire en passant par la transition énergétique et le climat, l’agroalimentaire, la production et consommation responsable, la mobilité durable, le numérique éthique, mais aussi l’éducation, la finance verte, l’inclusion & mixité ou encore le good marketing : autant de sujets comme de formats proposés chaque année pour accompagner les entreprises vers de nouvelles manières de penser leur dynamique économique, y injectant une dimension essentielle et trop souvent mise sur le carreau : la verticale socio-environnementale. 9000 visiteurs, 150 conférences, 500 speakers : creuset de l’espoir d’un capital durable et solidaire, la 13ème édition de PRODURABLE tenant lieu hier et ce jour (7 et 8 septembre 2020) à Paris a attiré l’oeil de la rédaction. Rencontre avec sa fondatrice, Cécile Colonna d’Istria.

The Good : PRODURABLE, c’est aujourd’hui 13 ans de rendez-vous annuels des acteurs européens du Développement Durable et de la Responsabilité Sociétale des Entreprises et des Marques. Aux vues des centaines d’intervenants, d’entreprises et de débats qui se sont organisés au fil des éditions de PRODURABLE, que peut-on dire de l’évolution de l’engagement des marques et entreprises en matière de développement durable ?

Cecile Colonna d’Istria :  Les entreprises et les marques sont passées en quelques années d’une RSE subie, faite de contraintes,  à une RSE volontaire, choisie, faite d’engagements forts. C’est une révolution sociétale qui répond aux urgences environnementales et sociales, comme aux attentes des consommateurs et des citoyens. Depuis les débuts de PRODURABLE, nous constatons un réel tournant depuis quelques années. L’audience de professionnels spécialisés sur le développement durable a fait place à un brassage beaucoup plus large des fonctions occupées dans l’entreprise : managers, décisionnaires, entrepreneurs. Ce sont des sujets qui concernent désormais tous les échelons de l’entreprises, jusqu’à la finance. Les conférences sur la comptabilité durable par exemple ayant un réel succès auprès des professionnels de ce secteur, tout comme celles orientées sur le marketing ou l’innovation, auprès de marques connues du grand public (l’Oréal, Bic, Léa nature, C’est qui le Patron?! Yves Rocher, LIDL, Camif,  le Groupe la Poste, Veolia, Saint Gobain, M6, etc. ), comme de plus petites entreprises ( Restoria, Ponant, Respire, etc. ). Enfin nous organisons cette année la 3ème édition du Grand Prix de la Responsabilité Sociétale des Marques, en partenariat avec la LinkUp Factory et M6 Publicité, qui a justement pour vocation à récompenser l’engagement des marques, dont le jury est cette année présidé par Patrick Bernasconi, président du CESE.


The Good : Si les intentions écologiques des entreprises comme des agendas politiques ne datent pas d’hier, les actions durables et palpables, elles sont plus récentes. Comment la raison écologique a-t-elle rencontré la raison économique ?

C.C.I. :  Les entreprises ont compris et expérimenté que la vertu rime maintenant avec performance économique. On va choisir un produit ou un service en fonction de sa performance extra-financière, c’est-à-dire sur son impact environnemental et social. Le Bio, les cosmétiques naturels, le textile éthique, le recyclé,  etc., gagnent chaque jour des parts de marché. Le capitaine d’entreprise, dont la performance économique et financière est bonne, ne sera un homme heureux que lorsqu’en plus, il aura le sentiment que son entreprise fait du bien à l’Homme ou à l’environnement. Un grand pas est franchi.

The Good : A son début en 2008, le message de PRODURABLE était “Intégrez le développement durable au coeur de vos métiers”. Lequel est-il aujourd’hui ?

C.C.I. :  Effectivement, il s’agissait à l’époque pour chaque métier de s’approprier un nouveau paramètre. Aujourd’hui, c’est au cœur de la stratégie des entreprises que se situe l’enjeu. Il en va de leur pérennité et de la nôtre ! La RSE est une « licence to operate », une condition sine qua non à la poursuite de toute activité industrielle ou commerciale.

Notre fil rouge cette année est « Sobriété, Solidarité, Prospérité : pour un New Deal Européen ! ». Ce message, choisi avant la crise sanitaire fait d’autant plus écho à la mobilisation sans précédent – aussi bien locale que européenne – de tous les acteurs privés et publics sur les enjeux de protection de l’environnement, de l’homme et de la nature. Le tout dans le cadre d’un pacte européen fraîchement annoncé (Green Deal), d’un plan de relance national ambitieux de 100 milliards d’euros, et dans cette nouvelle ère d’urgence des transformations amplifiée par la crise économique et sanitaire.

The Good : Green Deal en Europe, Business Roundtable aux États-Unis, il semblerait qu’en 2020, les mouvements sociaux passés et les crises en cours catalysent le changement. Au-delà des intentions, peut-on réellement aspirer à voir le capitalisme -comme paradigme mondial- changer de modèle ?

C.C.I. : Plus que le capitalisme, c’est sans doute la mondialisation et la course à la surenchère de consommation qui sont remises en question. Tout comme le modèle linéaire de nos économies qui consiste à ponctionner les ressources, produire, consommer et jeter. Le modèle favorise aujourd’hui  l’économie circulaire, l’économie d’usage, la relocalisation, la réindustrialisation, et… la relance économique par l’écologie, le social, et l’ancrage territorial. C’est en soi un changement de modèle !

The Good : Aux vues de la programmation de l’édition 2020, quelles sont les personnalités et/ou entreprises à suivre ?

C.C.I. : Il n’est pas évident de faire un choix ! Nous accueillons :
– De grands économistes comme Pierre Larrouturou (Pacte Finance Climat) ou Gaël Giraud  ;
– Des personnalités inspirantes comme Navi Radjou, père de l’innovation frugale et de l’entreprise consciente, Sofia Stril-River (Solidarité) ou Solène Thomas (Humanité au travail) ,
– De grands experts comme Gilles Bœuf (Biodiversité), Philippe Bihouix (Low Tech) ou Kalina Rasquin (Biomimétisme),
– Des dirigeants d’institutions et entreprises qui transforment leur business model comme Nicolas Dufourcq (Bpifrance), Henri Reboullet (Wattenfall Energies), Antoine Frérot (Veolia), Amandine Albizzati (Enercoop), Pascal Demurger (Maif), Myriam Maestroni (Economies d’Energie)  
– Des start-up montantes comme Lyspackaging, Grainette ou Yes-Yes, etc …  
– La parole politique avec Olivia Grégoire, Secrétaire d’Etat chargée de l’Economie sociale, solidaire et responsable, que nous sommes très heureux d’accueillir et qui viendra conclure nos deux journées autour de la construction du  « New Deal de la Prospérité ».

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