« La mesure est le point de départ de la transformation des villes » Michel Salem-Sermanet (Efficacity)

Michel Salem-Sermanet, directeur général délégué d’Efficacity, institut de recherche et développement énergétique et écologique des villes, détaille les méthodes et outils qui permettent aux intercommunalités et aux communes de réussir leur transition durable.

The Good : Quelle est la mission d’Efficacity ?

Michel Salem-Sermanet : Créé en 2014, Efficacity est un institut de recherche et développement dédié à la transition énergétique et écologique des villes, fondé sous l’égide du Programme d’Investissements d’Avenir (PIA) soutenu par le Gouvernement Français. Notre mission première est d’outiller les acteurs de terrain pour décarboner la ville à l’échelle d’un quartier.

The Good : La création du logiciel Urban Print lancé le 20 septembre est l’un de ces outils ?

Michel Salem-Sermanet : Absolument. Cet outil permet de mesurer l’empreinte des projets urbains mais indique également comment réduire ses émissions carbone en précisant les leviers sur lesquels s’améliorer. Rappelons que seules 30% des collectivités ont établi un Plan Climat (alors que c’est obligatoire) et que dans la majorité des cas il manque un plan d’actions concrètes. Urban Print est donc un logiciel d’aide à la décision à destination des dirigeants des villes dans le but de les accompagner à y voir plus clair dans les choix prioritaires de transition à faire. Il s’adapte aux spécificités de chaque collectivité et permet de choisir son plan d’action sur-mesure. Nous souhaitons déployer Urban Print à grande échelle et former largement aux nouvelles façons de concevoir des projets urbains. De plus, c’est un outil anti greenwashing car il permet d’être concret et transparent sur les impacts chiffrés de son empreinte urbaine.

The Good : Vous soutenez également les collectivités financièrement ?

Michel Salem-Sermanet : Oui, sur le même modèle que l’Ademe. Nous lançons régulièrement des AMI (appel à manifestation d’intérêt) pour financer des projets urbains écologiques à hauteur de 50%. Nous en avons soumis un dans le cadre du nouveau label Ville durable et innovante qui se clôturera le 1er décembre. Toutes collectivités sont éligibles à condition d’avoir déjà les labels de l’Ademe : Climat Air Energie et Economie Circulaire (qui compose la certification Territoire Engagé pour la transition écologique). Mais il n’y a pas de limite de nombre de candidats. Quand on sait que plus d’une centaine de communes sont labellisées Territoire Engagé, ça fait beaucoup de candidats potentiels !

The Good : En quoi consiste justement ce tout nouveau label Ville Durable et Innovante inauguré le 6 juillet dernier à Paris ?

Michel Salem-Sermanet : Résultant de trois ans de travail avec Cerema et d’autres experts, ce label est un référenciel technique qui permet aux collectivités de déterminer une feuille de route. Il comprend les volets social, économie, résilience, gouvernance et innovation qui sont des leviers pour transformer la ville. L’évaluation pour l’obtention de cette certification se base sur trois éléments : 1/la stratégie de la collectivité, 2/la définition d’un plan d’action et les efforts fournis à déployer des actions concrètes et 3/les impacts des actions mises en place. Comme je l’ai dit précédemment, les collectivités doivent avoir le label Territoire Engagé (Climat Air Energie + Economie circulaire) de l’Ademe pour l’obtenir. Nous avons 7 territoires pilotes de ce label Ville Durable et Innovante : La Réunion, Dunkerque, Cannes, Lorient, Sète, Paris et Brétigny-sur-Orge.

The Good : A quels besoins répond le label Ville Durable et Innovante ?

Michel Salem-Sermanet : Il répond à un fort besoin de mesure des performances RSE des villes. C’est aussi une volonté de contrer les labels internationaux tels que LEED for Cities aux Etats-Unis et BREEAM au Royaume-Unis qui représentent des avantages concurrentiels pour les entreprises de leur pays. D’ailleurs, notre label Ville Durable et Innovante, qui est développé partout en Europe, intéresse déjà des pays étrangers tels que le Maroc (dont on va prochainement labelliser des communes) et l’Inde.

The Good : Un nouveau label BBCA Quartier vient également de naître le 22 septembre dernier ?

Michel Salem-Sermanet : Oui l’Association BBCA a dévoilé jeudi 22 septembre lors du SIBCA (Salon de l’Immobilier Bas Carbone), le label BBCA Quartier. C’est la première méthode de mesure et de valorisation des bonnes pratiques bas carbone exemplaires à l’échelle du quartier. Elle a été mise au point en partenariat avec Bouygues Immobilier et son aménageur Urbanera, BNP Paribas Real Estate, Elioth by Egis (pilote du projet) et le Centre Scientifique et Technique du Bâtiment (CSTB). L’objectif du label BBCA Quartier vise à mettre en lumière les quartiers exemplaires en termes de décarbonation du cadre de vie. Il couvre l’échelle des bâtiments et va au-delà en s’intéressant aux usagers et à leurs pratiques de mobilité, alimentation, consommation, etc. Il repose sur une approche de performance basée sur des plafonds d’émissions à ne pas dépasser. Le Label peut être demandé par un aménageur ou une collectivité, pour des quartiers neufs, en renouvellement urbain, ou hybrides (neuf et rénovation), présentant une mixité d’usages avec une superficie minimale de deux hectares.

Emilie Kovacs
Emilie Kovacs
Rédactrice en chef de The Good, est tombée dans la marmite du développement durable il y a une dizaine d'année. Cette journaliste d'origine hongroise aime mettre en lumière les acteurs et actions à impact, celles et ceux qui font plutôt que celles et ceux qui disent, les solutions plutôt que les critiques. Eternelle optimiste, elle est convaincue que l'être humain pourra se sortir du pétrin écologique dans lequel il s'est fourré. #Team beurre demi-sel, coquillages et crustacés !

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