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    Emery Jacquillat : « Le renoncement d’aujourd’hui est le profit de demain »

    En 2020, 88 entreprises sont devenues sociétés à mission et 10 000 pourraient faire évoluer leurs statuts d’ici 2025. Nous rencontrons Emery Jacquillat,  Président de La Communauté des Entreprises à Mission et PDG de Camif, pour une analyse des résultats du tout premier Observatoire des Sociétés à Mission. 

    The Good : Quels sont les enseignements clés que vous tirez de ce premier rapport de l’Observatoire des Sociétés à Mission ? 

    Emery Jacquillat : Le premier enseignement de cet observatoire est une incontestable dynamique d’engagement des entreprises. Là où on aurait pu croire que la crise Covid-19 impacteraitde manière négative la volonté des entreprises à revoir leurs business models pour accélérer leur transition, l’effet a été inverse. Rien qu’entre le 3ème et le 4ème trimestre 2020, on observe une augmentation de 60% du nombre de sociétés à mission. Aussi, là où fin décembre nous comptions 88 membres, nous sommes aujourd’hui 135. 

    Deux accélérateurs ont permis cette dynamique. En premier lieu : la Loi Pacte promulguée en 2019, qui a permis de donner un cadre aux dirigeants soucieux de faire évoluer leur business, comme une manière ludique et organisée de repenser la contribution des entreprises aux enjeux environnementaux. Mais si la Loi Pacte a été un coup d’envoi, la crise Covid-19 a été l’accélérateur clé. La crise a été un facteur de résilience très fort. Et dans ce fracas la Raison d’Être et la mission des entreprises ont été une boussole.

    Un autre enseignement de ce rapport est que la méthode est primordiale. Le « comment? » est une démarche collaborative, engageant toutes les parties prenantes dans le processus de transition et doivent être intégrées dans le chemin qui vient redonner du sens au projet d’entreprise. Si certaines entreprises ont à un moment pensé pouvoir déléguer à une agence de communication la formulation de leur Raison d’Être et la mise en pratique de ces convictions, la prise de conscience que cette transition s’inscrit dans le long terme et induit une refonte complète de la stratégie globale est inévitable. 

    Enfin, nous en tirons une autre et enthousiasmante conclusion : la transition écologique, sociale et solidaire des entreprises est à la portée de tous et toutes. Elle ne requiert que patience, conviction et agilité. 

    The Good : Certains secteurs d’activités, localisations géographiques ou tailles d’entreprises sont-ils plus propices ou complexes à faire évoluer ? 

    E.J. : Parmi les 135 sociétés à mission que nous comptons, deux tiers sont des PME, de moins de 50 salariés. On constate donc une agilité plus forte des PME, dont les Comex et collaborateurs sont à effectifs réduits, permettant des prises de décisions plus rapides. Cependant, le parcours n’est pas forcément plus simple. Des exemples comme Danone montrent d’ailleurs que même les entreprises du CAC 40 sont capables d’une transition. En somme, tout type de structure et secteur peut s’engager dans l’obtention du statut de société à mission, de la start-up, à la Grande entreprise en passant par la PME, ETI ,TPE etc. Il n’y a pas de secteur à l’abri de la question de « comment contribuer aux enjeux de société et s’engager vers une production à impact positif ? ». Le cadre de la Société à Mission permet de clarifier les objectifs de l’entreprise et de l’aider à bâtir son propre référentiel d’engagement. Il s’adresse donc vraiment à tout le monde.

    The Good : Parmi les 88 entreprises à missions que vous comptez aujourd’hui, laquelle fait particulièrement votre fierté en ce qu’elle symbolise la capacité de n’importe qui d’embrasser la notion de responsabilisation du capitalisme ? 

    E.J. : Le choix est compliqué tant chaque parcours est singulier et se rapporte à l’histoire, la culture et la vision de l’entreprise. Un exemple inspirant est sûrement Janus France, qui œuvre à l’entretien du patrimoine. Créée en 2016, cette TPE compte 13 salariés (serruriers, menuisiers, vitriers) établis dans le nord de la France et a choisi de prendre un virage radicalement engagé via le statut de Société à Mission : un cadre structurant qui répondait à son projet d’entreprise, clarifiant sa contribution sur des objectifs socio-environnementaux pour aller plus loin dans sa démarche d’impact. Avec pour signature « pour une économie au service de la vie”, Janus multiplie les démarches RSE : en créant des partenariats avec des écoles, en mettant en place une politique d’achats responsables, en veillant à l’inclusion et la féminisation du métier, en s’assurant de contribuer à devenir un ascenseur social pour ses salariés et se fixant un objectif de neutralité carbone d’ici à 2030. Au regard de la taille de sa structure et du secteur très traditionnel auquel elle appartient, le cas Janus rend bien compte du fait que cette démarche est accessible et permet de changer la donne, chacun à sa manière. 

    The Good : Si 2020 était pour vous une année de mise en place, quels sont les objectifs clés pour 2021 ?

    E.J. : Poursuivre dans cette dynamique croissante ! Dans les objectifs fixés, nous attendons 600 Sociétés à Mission d’ici fin 2021, ce qui semble tout à fait possible compte tenu du rythme de +49% de croissance que nous enregistrons aujourd’hui depuis le 1er janvier 2021. Aussi, poursuivre le développement de notre communauté d’entreprises en faisant connaître le modèle auprès des réseaux de dirigeants. L’objectif clé de cette année sera de convaincre du lien entre performance économique et impact socio-environnemental. Les fonds d’investissement et la finance sont d’ailleurs clairement en phase de conscientisation, se rendant bien compte de la sur-performance des entreprises engagées. Comme le fonds d’investissement leader de l’impact investing Citizen Capital (membre des Sociétés à Mission) le prévoyait, le capitalisme bascule au profit d’entreprises engagées. Il suffit de regarder sur le long terme pour observer les performances. Autrement dit, le renoncement d’aujourd’hui est le profit de demain. 

    The Good : En tant que PDG de Camif, quelles leçons tirez-vous de la mise en place d’une nouvelle structuration contribuant activement au bien commun ? 

    E.J. : La transition d’une entreprise est un chemin long et il ne faut pas sous-estimer le temps que cela prend et il ne faut pas se précipiter. Camif a pris deux ans et demi pour formuler sa Raison d’Être et sa stratégie globale RSE. Il est nécessaire de mettre en place une énergie positive auprès de tous les collaborateurs pour aligner nos pratiques. 

    Camille Lingre
    Rédactrice en Chef The Good. Diplômée d’un Master en communication et journalisme, elle commence en agence de publicité chez DDB Paris puis intègre la rédaction d’INfluencia en 2017 et passe rédactrice en chef adjointe en 2020. Passionnée de littérature et engagée dans les luttes pour la justice sociale et la reconnaissance des minorités, elle est co-fondatrice d’une club de lecture et podcast féministe et membre de l’association de journalistes AJL.

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