Carine de Boissezon, DDD Groupe EDF : « Raison d’être et stratégie d’innovation sont les pièces d’un même puzzle »

Le 1er décembre aura lieu le grand événement Electric Days d’EDF. Un rendez-vous complètement repensé autour du digital, qui fait la part belle à l’innovation sous toutes ses formes et à la RSE, au cœur de l’événement. Neutralité carbone, changement climatique, intelligence artificielle, nouveaux usages électriques : l’agenda riche en thématiques Good des Eletrics Days nous donne l’occasion de faire le point sur la stratégie RSE de l’énergéticien. Rencontre avec Carine de Boissezon, Directrice du Développement Durable du groupe EDF.

The Good : EDF, en tant qu’entreprise publique, a intégré depuis bien longtemps les enjeux de contribution au bien commun. Quel temps d’avance conserve EDF aujourd’hui face aux autres sur les thématiques de stratégie RSE, transformation écologique, sociale, solidaire ?  

Carine de Boissezon : EDF est depuis 70 ans, une entreprise actrice du bien commun de par notamment sa mission de service public. Nous avons la chance à EDF de « manipuler » la matière probablement la plus essentielle à la vie : l’électricité. Et je ne saurai que trop rappeler dans le moment que nous traversons aujourd’hui, avec cette pandémie sans précédent, que ce bien commun est de première nécessité : dans les villes, dans les hôpitaux ; dans nos campagnes ; dans nos entreprises qui subissent de plein fouet les conséquences de cette crise sanitaire. Donc oui, plus que jamais, ce bien commun fait sens commun. À tel point qu’EDF a choisi d’inscrire les points cardinaux de ses valeurs ADN dans sa « Raison d’Être » portée par nos 165 000 salariés qui ont contribué à sa formulation à travers une consultation inédite et massive. Notre Raison d’Être est celle-ci : « construire un avenir énergétique neutre en CO2 conciliant préservation de la planète, bien-être et développement grâce à l’électricité et à des solutions et services innovants».

The Good : Certains parlent de greenwashing…

C.d.B : Cette raison d’être n’est pas un slogan publicitaire que nous avons choisi pour faire de la cosmétique, elle est d’ailleurs trop longue pour cela, car chaque mot compte ! EDF veut affirmer aux yeux du monde, dans un contexte de profondes mutations, l’ambition que porte le Groupe pour ses clients, pour la planète. C’est ce « pourquoi nous faisons les choses ». Cette raison d’être est d’abord et avant tout un engagement fort du Groupe, au-delà de ses obligations réglementaires, pour répondre à une urgence, profonde, qui s’impose désormais à nous : celle d’un réveil écologique. Nous nous sommes engagés dans cette voie bien avant le vote de la loi PACTE du 22 mai 2019… Et c’est un pacte d’entreprise gagnant pour la simple et bonne raison qu’il nous rassemble et nous ressemble. C’est ainsi que nous nous présentons à nos salariés, à nos clients, à nos fournisseurs, à nos parties prenantes… Elle confirme notre engagement dans ce futur meilleur que nous voulons mieux qu’avant avec une ambition de neutralité carbone d’ici à 2050. Il y a la neutralité carbone mais aussi la préservation de la planète, le bien-être de nos salariés et de toutes nos parties prenantes ainsi que l’enjeu de développement de nouveaux projets bas carbone. C’est tout cela nos preuves RSE !

The Good : Comment parvenez-vous à aligner votre raison d’être et votre stratégie d’innovation ?  

C.d.B : Il n’y a pas d’alignement, ce sont les pièces d’un même puzzle… Depuis qu’EDF s’est dotée de sa raison d’être, tout investissement, tout nouveau projet s’inscrit dans la logique de la raison d’être. D’ailleurs, elle a été approuvée par 99,99 % de nos actionnaires et est désormais inscrite dans nos statuts. Depuis son adoption, le Groupe a engagé la révision de toute l’architecture de ses engagements de Responsabilité Sociétale d’Entreprise dans une logique de cohérence. La proposition, plus lisible, plus visible et mieux partagée en interne contribuera à simplifier encore le reporting extra-financier du Groupe pour se concentrer sur les thématiques les plus engageantes pour l’entreprise. Enfin, la raison d’être a depuis été utilisée pour la mise à jour de notre plan d’action CAP 2030, dont 80 % des chantiers concourent en particulier à l’atteinte de la neutralité carbone en 2050. Autre preuve concrète avec une innovation qui nous semble clé à EDF dans le cadre de notre engagement en faveur de la préservation de la planète : le déploiement de La Fresque du Climat, une sensibilisation pédagogique aux enjeux climatiques à travers un jeu de cartes. Elle sera déployée à nos 165 000 salariés en France et à l’international d’ici 2022. Enfin, nos preuves de notre raison d’être passeront aussi au criblage de notre nouveau Conseil des Parties prenantes multidisciplinaire qui fait entrer la société civile dans l’entreprise pour challenger objectivement nos actions et engagements ! Ainsi notre raison d’être sera tout autant… notre raison de faire pour innover chaque jour ! Récemment, le classement Eight Advisory/IFOP/JDD place EDF parmi les 3 entreprises les plus admirées des Français, se distinguant particulièrement sur l’environnement (2è). Autres critères salués : sa performance, son innovation, sa capacité à donner une bonne image de la France, sa contribution au quotidien des Français… Et l’envie que suscite l’entreprise d’y travailler.

The Good : Quelle sera la place de la RSE dans la programmation des Electric Days ?

C.d.B : Avant de vous répondre, j’aimerais tout de même dire la fierté que nous avons, équipes d’EDF, d’avoir tenu la promesse de ce rendez-vous 100 % innovation le 1er décembre. Nous ne pouvions envisager de céder au renoncement car c’est bien le moment, plus que jamais, d’innover… Pour nos salariés, nos clients, le tissu industriel en fragilité dans ces temps houleux. Je ne dirais pas que la RSE a une place dans cette programmation : je dirais que toute la construction de cette programmation repose sur nos engagements RSE. L’événement s’est ré-inventé en expérience totalement digitale, d’où son nom Electric Days, Digital Experience. Il sera ainsi encore plus bas carbone, ce qui était déjà un point de vigilance absolu pour nous ! Ce e-évènement se veut porte-étendard des pratiques et engagements du groupe EDF en matière de RSE : un site web répondant aux standards de l’accessibilité pour un accès à toute personne en situation de handicap, des prestations choisies pour leur capacité à intégrer l’inclusion sociale, l’éco-production, le recyclage, la mobilité bas carbone… Un bilan carbone sera réalisé à l’issue de cette édition afin de mettre en œuvre un projet de compensation en conséquence. C’est bel et bien l’événement des énergies qui changent tout.

The Good : Quels temps forts à ne pas manquer lors des Electric Days ?

C.d.B : Il m’est difficile de n’en citer que quelques-uns car c’est toute la journée qui a été conçue pour démontrer l’impact innovation d’EDF dans tous les pans de la société : les nouvelles innovations que nous proposons, celles de nos filiales, de nos partenaires industriels, mais aussi des start-up qui participent activement aux côtés du Groupe à créer un avenir neutre en carbone. Des prises de parole en live d’intervenants inspirants sur les thèmes du changement climatique, de la neutralité carbone, de l’intelligence artificielle au service de nos usages électriques. Je pense notamment à Amy Webb, futurologue de la tech, Yann Le Cun, patron de l’IA de Facebook, Jean Tirole, prix Nobel d’économie, Jean-Louis Etienne, explorateur, Michelle Bachelet, Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme. Au programme aussi, la révélation des résultats de la seconde étude EDF menée auprès de la population mondiale sur la perception du changement climatique par les publics dans 30 pays, l’ObsCop, avec Brice Teinturier d’IPSOS et Valérie Masson Delmotte, co-présidente du groupe 1 du GIEC et membre du Haut Conseil pour le Climat. Nous parlerons aussi biodiversité, permettrons des ateliers participatifs autour de la Fresque du Climat ou pour calculer son empreinte carbone individuelle grâce à l’outil MyCO2 par Carbone 4 et d’identifier comment l’optimiser. Le sport sera aussi de la partie avec Tony Estanguet, Président de Paris 2024 ainsi que des innovations liées au handisport mais je ne vous en dis pas plus ! Ce que je peux vous dire, c’est que ce sera une véritable prouesse technologique d’innovation en abyme, car l’innovation sera au cœur de ce rendez-vous consacré à l’innovation avec des procédés digitaux innovants, de la réalité augmentée, de la 3D temps réel. Un e-forum de recrutement en ligne avec plus de 3 000 offres de stage proposées par le groupe EDF. Vous le voyez : nos engagements RSE seront encore et toujours au cœur de l’évènement !

Emilie Thiry
Ex publicitaire reconvertie dans la communication corporate en 2011, puis dans la politique en 2015, Emilie est depuis juillet 2020 en charge du consulting et de la diversification des offres d’INfluencia. Elle dirige à ce titre The Good, la plateforme dédiée à la transformation écologique, sociale et solidaire des entreprises et des marques. Elle anime également un séminaire sur le monde de la communication en Master 2 Conseil éditorial à Sorbonne Université. Emilie est diplomée de l’IEP de Strasbourg et ancienne élève du CELSA.

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